Mareva Bouchaux est née et a grandi en métropole, d’une maman Tahitienne et un papa métropolitain, mais elle danse le ‘ori tahiti depuis toute petite. Elle rentre de temps en temps en Polynésie, pas aussi souvent qu’elle le voudrait. Heureusement, en tant qu’enseignante de ‘ori tahiti, elle vit la culture polynésienne au quotidien.
Aujourd’hui tu vis dans le sud de la France mais finalement, ton cœur et ton corps sont toujours un peu à Tahiti avec la danse ?
C’est bien résumé. Entre les cours de danse, les stages et les festivals polynésiens, j’ai l’impression que Tahiti n’est jamais si loin. Ces événements sont l’occasion d’échanger avec d’autres Polynésiens et des passionnés de Tahiti et ses îles. Et je vis clairement ma culture polynésienne au quotidien en continuant à danser, mais aussi avec mes pratiques du ‘ukulele, du tō’ere, du reo tahiti, des poï, la danse du feu ou juste en faisant mes costumes pour danser mes dernières chorégraphies de ‘ori tahiti.
Comment as-tu découvert et appris le ‘ori tahiti ?
J’ai commencé avec maman, les taties et les cousines. Il y a eu des professeurs aussi, des workshops. Je crois que mes premiers stages ainsi ont été avec Moena Maiotui, Lorenzo des Grands Ballets de Tahiti, Tiana Liufau dont je regardais les vidéos sur internet depuis mon adolescence. Et j’ai rencontré Makau Foster en 2016 lors de sa tournée d’Europe, deux jours de stage qui ont changé ma vie de danseuse puisqu’elle m’a proposé de danser avec Tamariki Poerani au Heiva i Tahiti 2017. J’enseignais déjà la danse tahitienne dans le sud de la France. Et en 2017, j’avais fini mes études de coach sportif et de thérapeute et j’ai enfin pu aller à Tahiti pour la première fois de ma vie, quatre mois pour me préparer à ce Heiva incroyable avec Makau. Loin d’être un aboutissement final, ça a été le début d’une envie irrépressible de transmettre tout ce que je comprenais de la vie et de la culture à Tahiti aux danseuses de métropole qui n’ont pas encore pu aller là-bas !

Pourquoi as-tu souhaité l’enseigner ?
Je crois que depuis mon adolescence, on me demandait quand est-ce que j’allais ouvrir des cours de danse. En 3e année de fac de mathématiques, j’ai regardé la réalité en face, je passais bien plus de temps à danser et créer des spectacles qu’à étudier. En 2012, quand j’ai ouvert mes premiers cours, il n’y avait pas encore de workshops comme on en trouve aujourd’hui. J’ai dû apprendre à droite, à gauche, avec tellement de profs différents, et en faisant pas mal de recherches aussi. Je crois que j’ai créé les cours que j’aurais rêvé de suivre.
Tu dis rêver d’un « monde beau, cohérent et bienveillant », est-ce que le ‘ori tahiti transmet ces valeurs ?
Pour moi, le ‘ori tahiti ajoute clairement du beau, mais aussi du vivant et du sensible à ce monde. Il touche profondément beaucoup de gens de métropole, pour parler du lieu que je connais le mieux. Et je crois que c’est justement parce qu’ils ressentent la puissance des traditions derrière, cette danse est inscrite dans un patrimoine riche de nombreuses pratiques culturelles. J’ai décidé, depuis mon retour de Tahiti en 2017, d’encourager les initiations de reo tahiti, chant, ‘ukulele, percussions, pour que les danseuses de métropole aient l’opportunité de saisir à quelle point notre culture est vaste et précieuse. Pour la partie bienveillante, le ‘ori tahiti invite, pour moi, à être humble et à arrêter d’avoir un avis systématique sur son corps, sur ses aptitudes, sur qui fait le mieux… On se concentre sur son apprentissage, sur le groupe, on est d’abord ensemble, ensemble pour créer, ensemble pour continuer à faire vivre ces traditions…
Extrait de l’article rédigé par Lucie Rabréaud
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