Manuia Tching Chi Yen a passé cinq mois à Wudang, dans la province du Hubei, dans le centre montagneux de la Chine, entre 2024 et 2025. C’est là qu’elle a appris le kung-fu. Elle a également voyagé en Corée, au Japon, en Thaïlande et au Vietnam. Un long voyage qui lui « a ouvert les yeux sur le monde ».
Dix ans à Paris et puis ces voyages à Wudang, une région montagneuse célèbre pour être le berceau du Tai Chi… L’écart a dû être intense ?
En réalité, pas tant que ça. Je me suis vite adaptée à partir du moment où on m’a changée de chambre… Les toilettes dans la première étaient des toilettes turques et ça, c’était non négociable pour moi ! J’étais prête à endurer les trois mois d’entraînements intenses, les lits durs, laver mon linge à la main, la barrière de la langue, mais pas ça. Heureusement, j’ai pu changer de chambre et à partir de là, tout n’a été qu’une suite d’inoubliables rencontres et d’expériences riches en humilité. Je la revivrais telle quelle sans hésiter.
Quel était ton travail, ton quotidien à Paris ?
J’étais cheffe de projet dans la chaîne graphique pour une marque de cosmétiques française. Ce n’était pas le travail le plus stressant et les amplitudes horaires selon les périodes étaient confortables, mais comme dans toutes les grandes boîtes, les mêmes problèmes reviennent sans cesse… La lassitude s’est immiscée par là. Pour le reste, j’avais mes petites habitudes parisiennes : essayer les nouveaux cafés & bubbletea, sortir avec les amis, salle de sport, restau, profiter du Jardin des Tuileries en été…
Tu aurais pu prendre des cours à Paris, pourquoi choisir de partir ?
L’année de mes huit ans passés à Paris, je fêtais mes trente ans. Un bilan s’est naturellement imposé : ce que j’avais déjà accompli, ce que je regretterais si je ne le faisais pas. L’envie de voyager et le kung-fu sont alors devenus une évidence. J’avais oublié que petite, j’avais toujours voulu en faire. Mais je ne voulais pas progresser lentement, je voulais une expérience intense, immersive, qui me permettrait d’avoir un niveau basique rapidement. J’ai mis ensuite deux ans à préparer ce projet et sauter le pas.

Qu’est-ce qui t’a attirée là-bas ?
La montagne. Wudang était en pleine montagne. Il y avait aussi d’autres écoles rurales, mais avec chambres et toilettes communes. Si je les avais choisies… je pense que j’aurais répondu différemment à la première question.
Le kung-fu, c’est un travail physique, mais aussi mental ?
Oui, surtout à mon âge. Même si 32 ans est encore jeune, on n’a plus le même corps qu’à 24 ans. On récupère moins bien, on a besoin de plus d’échauffements pour ne pas se blesser et « déverrouiller» notre corps. Au bout de quelques semaines, au-delà des courbatures, les genoux font mal et les articulations « crissent », et c’est là que le mental prend le relais : trouver la motivation tous les matins de traîner son corps endolori aux entraînements… Heureusement, en dehors des entraînements, il y a toute la vie à Wudang qui rend le quotidien plus doux. Les étudiants attachants, les professeurs bienveillants, les autres étrangers comme moi qui se demandent ce qu’on fait là et qui en même temps, pour rien au monde, n’échangeraient leur place pour se retrouver dans le métro ou la circulation pour se rendre au boulot.
Qu’est-ce qui te plaît dans cette discipline ?
L’esthétique, la précision. L’exigence. Contrairement à ce qu’on pense, même si on fait du kung-fu, on ne sait pas forcément immédiatement se battre avec. Il faut des années de pratique et d’application des mouvements appris en « taos », l’équivalent des « katas » en karaté, pour savoir appliquer en contexte réel les mouvements du kung-fu. Comme en danse tahitienne, il y a plusieurs styles de kung-fu et chaque pratiquant apporte sa propre interprétation. Mais le kung-fu qui…


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