Loanah Jouvin a remporté le concours d’éloquence Délie ta langue organisé par l’université de Montréal en mars dernier. N’ayant pas la moindre idée de la direction à prendre après son baccalauréat, elle a suivi sa raison en choisissant une école de commerce et son cœur en rejoignant sa sœur au Canada.
Récemment, tu as gagné le concours d’éloquence Délie ta langue où tu représentais ton école, HEC Montréal, quel est ton sentiment sur ce prix ?
Je crois qu’il est important de se poser des défis, surtout à nos âges. Le confort a toujours une connotation positive, à tort selon moi. Je suis persuadée que l’on apprend et l’on grandit là où, de prime abord, on est inconfortable. Je suis plutôt cartésienne, mais je dois avouer que je déroge quelques fois à la règle : je crois que de temps à autre, le destin se manifeste sous la forme d’opportunités taillées sur-mesure, comme s’il répondait à un appel sourd. Je dis que je déteste perdre, c’est la vérité, mais il est de ces jeux où tu as tout à gagner. C’était l’un d’eux. La signification du prix ? Un bonus… un joli bonus.
As-tu suivi une préparation particulière pour ce concours ?
Après une première présélection, nous avons eu une formation de deux heures avec une professeure de français qui avait une expérience scénique. Sans elle, j’aurais clamé mon texte comme je lis les nouvelles du jour, sans grande vigueur. Elle m’a aidée à définir une intention, c’est à dire déterminer le sentiment que je voulais susciter chez le public. Et ce, pour chaque phrase.
Tu devais analyser l’expression « Gagner sa vie », pourquoi avoir choisi celle-ci ?
Au-delà de son sens explicite parmi une mer d’expressions qui représentent parfois un vrai casse-tête à déchiffrer, j’aimais le fait que nous l’utilisons au quotidien, mais que jamais personne n’ait relevé son absurdité. Oui, tenter de gagner une chose que l’on a déjà, c’est absurde. Par ailleurs, l’insinuation qu’une vie se jauge en fonction du salaire d’une personne est problématique à tant de niveaux que cette expression était un puits d’inspiration sans fond. Si, parmi tous les cas qui testent les limites de l’expression, j’ai décidé de parler du destin de l’itinérant (le SDF) en particulier, c’est entre autres parce que ces derniers font partie de notre décor quotidien et que, ô combien il est difficile d’ignorer le problème, nous y parvenons avec brio. Dans les rues, sous les abris bus, dans les métros, en face des supermarchés, on a appris à détourner le regard et à accélérer le pas. Je crois qu’il est absolument nécessaire de reconnaître que nous ne partons pas tous du même point de départ dans la vie, et que notre passé…


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