Hinano Tali est née en Île-de-France et a toujours vécu en France. Mais ses origines sont wallisiennes. Ses parents viennent de Wallis-et-Futuna et elle a grandi dans les valeurs et les traditions du Pacifique. Et peu importe la distance, les îles sont toujours dans son cœur.
Comment est la vie en France ?
Comme j’ai grandi en métropole, j’ai toujours trouvé normal de grandir entourée de personnes n’ayant pas la même origine que moi. « Oh, Hinano, c’est joli. Ça vient d’où? », « Wallis-et-Fu…? C’est où ça? » , « C’est loin dis donc, qu’est-ce que tes parents sont venus faire ici ? C’est beaucoup plus joli là-bas ! »… Voilà ce qu’on me dit souvent. Pendant l’enfance, mes amis avaient des habitudes ou des valeurs différentes des miennes : soirées pyjama, vacances en colonies ou aller au centre aéré. Tout ça est monnaie courante en métropole, mais pas du tout pour mes parents, ni pour moi. Être loin et ne voir sa famille qu’en vacances – donc quand j’allais en Nouvelle-Calédonie, à Tahiti, en Australie et à Wallis-et-Futuna – était normal. Je n’ai jamais ressenti de manque des îles, mais peut-être parce que je normalisais l’exclusivité et la rareté d’être loin des siens. À un moment de mon adolescence, je me suis beaucoup interrogée sur le fait de grandir différemment de mes cousines et cousins du pays. Moi aussi, je voulais aller à la mer après l’école, apprendre les danses et voir mes grands-parents tous les week-ends. J’avais parfois l’impression de rater des choses, d’être loin de ce qui était le plus important. Quoi qu’il en soit, je m’y suis fais et je dirais qu’au fur et à mesure que j’ai grandi, j’ai réussi à avoir le meilleur des deux mondes pour pouvoir me sentir mieux et pleinement moi-même.
Les îles sont présentes d’une manière ou d’une autre dans ton quotidien ?
J’ai baigné dans la culture wallisienne. Toujours être disponible et dévouée à sa famille, musique religieuse à fond le dimanche pour faire le ménage, décoration de la maison quasi uniquement avec des œuvres du Pacifique. Mais une chose que j’ai apprise ces dernières années, même sans tout ça,
ma culture serait toujours avec moi. C’est mon identité, un peu comme quand on aime une personne de loin. Elle n’est physiquement pas visible, mais elle est présente dans mon cœur. C’est la même chose pour mon île. Elle fait et fera toujours partie de moi. Et il m’a fallu énormément de temps pour le comprendre.
Aujourd’hui, tu travailles comme journaliste ?
C’est un peu plus compliqué que ça. Comme j’adore travailler, découvrir des choses et surtout être libre de ce que je veux faire, à l’obtention de mon diplôme de journaliste fin 2021, j’ai lancé Āteaina Production avec mon associé, Abel Zerquera Reyes, qui n’est autre que mon binôme des études supérieures. Āteaina Production est une société de production spécialisée dans l’audiovisuel. Abel et moi voudrions, à terme, réaliser des documentaires. Nous sommes conscients que cela demande de l’argent et du temps, c’est pourquoi nous avons en parallèle une filiale communication.
Qu’est-ce que tu aimes dans ce métier ?
Je suis toujours en train d’apprendre quelque chose. Que ce soit avec nos clients ou les personnes que nous rencontrons au quotidien. En étant cheffe d’entreprise, mon quotidien est « instable », mais c’est une bonne chose pour moi. Ça me pousse à toujours chercher des solutions, à toujours…


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