C’est sous ce nom que tout le monde connait Teiva Manoi. Cet homme à la carrure impressionnante dont les ‘ōrero sont écoutés religieusement à To’atā. Il n’élève pas la voix, ne joue pas un rôle, il parle, s’interroge, explique, raconte. Un charisme qu’il tient de sa mère qui l’a poussé à s’exprimer.
C’est la fin de la journée au conservatoire et les enfants courent partout. Les portes des salles sont grandes ouvertes, on entend quelques notes de flûte et de piano, des tō’ere aussi plus loin. Les parents cherchent une place sur un parking déjà plein et dehors les voitures attendent que les feux passent au vert. Un vendredi après-midi… Mais une fois arrivé dans la salle, Teiva Manoi ferme la porte, la fenêtre, et le bruit s’arrête. Sur le tableau blanc, quelques mots en français avec leur traduction en tahitien. C’est ici qu’il donne des cours de reo tahiti dans le cadre de l’éveil aux arts traditionnels. Langue, tressage, dessin, le tout accompagné de légendes. « J’ai cent-cinq contes et légendes dans la tête. Je les connais par cœur. » Tout ça appris au fur et à mesure des années. Il a grandi avec une mère conteuse et un père qui ne parlait pas un mot de français. Teiva Manoi a su maîtriser le français à ses 21 ans. C’est le tahitien, sa langue maternelle, celle dans laquelle les mots viennent en premier, celle dans laquelle il aime s’exprimer car il y a toujours un sens caché. « Par exemple, a hi’o i te mou’a, regarde la montagne, ça veut aussi dire le sommet est loin, la montagne est haute, tu vas souffrir pour l’atteindre… Ce sont des métaphores. Ma mère ne me parlait que comme ça. » Une poésie qui a façonné sa vie. Alors quand il entend que les langues polynésiennes vont disparaitre… « Ça fait mal. »
Du coup, il est là, dans cette salle du conservatoire, il parle en tahitien aux enfants, il enseigne le ‘ōrero. « Ma mère était ‘ōrero dans la vie. Elle était douée pour parler. Je l’ai vue faire et je voulais faire la même chose : réussir à capter l’attention des gens. » Tout petit déjà, elle lui demande des histoires. « Elle me disait : “Raconte-moi ta fête de l’école”. Et je lui racontais. J’aimais ces moments-là. Elle parlait beaucoup ! Je la présentais à mes amis et elle se mettait à parler, elle ne s’arrêtait plus ! »…



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