La page Facebook Haatupu Aè : c’est eux. Que la langue marquisienne fasse le buzz sur les réseaux sociaux, ils ont été les premiers à en être étonnés. Les vidéos étaient pour eux un moyen de faire vivre leur langue. Mais leur enthousiasme a plu. Ce qui correspond bien à leur état d’esprit : « Le succès n’est pas la clé du bonheur, le bonheur est la clé du succès. »
Mani a été enseignant pendant dix ans avant de lancer son propre centre de formation, Haatupu Aè qui signifie « faire accroître, développer », exactement ce qu’il veut faire : accompagner les gens à développer leurs compétences, leur confiance en soi, qu’ils soient prêts pour passer des concours et surtout les initier ou les perfectionner dans la langue marquisienne. C’est comme ça qu’ils se sont rencontrés avec Nui et ne se sont plus quittés. Tous les deux ont le même amour de leur culture et de leur langue et s’inquiètent : « J’ai vu une déperdition de la langue marquisienne au sein de l’archipel. Il était urgent que j’apporte ma pierre », raconte Mani. Devant cette baisse de locuteurs, il veut faire quelque chose. « La langue est une partie de notre identité, elle est un repère. » Et donc pas question de le laisser disparaitre. Que deviendraient alors les concepts marquisiens particuliers à cette culture ? Ces mots qui n’existent que dans cette langue ? Quand Nui arrive dans ses cours pour perfectionner son marquisien, ils commencent à faire des vidéos pour dynamiser la page Facebook de Haatupu Aè.
Leur idée : faire des capsules sur une notion ou du vocabulaire. Mani est derrière la caméra (son téléphone en fait) et s’adresse à Nui : « E Nui ? » « E aha ? » « Ua tihe Aranui ! J’ai envie de monter en haut… » « Euh pardon Mani, pléonasme ! Terme ou expression qui se répètent, Mani. » « Et comment on dit alors en marquisien : monter en haut ? » « Suis-moi Mani, je t’apprends. » Et hop, les voilà dans la cabine de pilotage du Aranui : « Kāòha nui tātou ! » Et Nui commence un cours sur les mots en marquisien pour se repérer dans l’espace. C’est drôle, efficace, vivant, rapide… Et ça marche ! « On n’avait pas prévu que ça prenne une telle ampleur. L’objectif de ces vidéos c’est vraiment d’appâter les gens. La langue est là, à portée de main ! » Tous les deux ont grandi dans le marquisien, avec des grands-parents ou des parents qui leur parlaient en marquisien. « Le français, c’était pour l’école. » Mais ensuite, ce sont les études à Tahiti et alors les mots se perdent… Tout doucement. Enseignante en mathématiques, Nui veut parler à ses élèves en marquisien, un moyen efficace…


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