Sollicitée par papa Heimanu pour participer avec lui à la direction de Nūna’a e Hau, elle a mis quelques mois avant de se décider. Et puis après avoir donné son « oui » sur un coup de tête, elle s’est plongée dans l’aventure du Heiva i Tahiti, y passant ses jours et même une grosse partie de ses nuits. Nūna’a e Hau obtient le Grand prix en Hura Tau : une magnifique récompense pour six mois de travail intense et exigeant.
Comment es-tu arrivée à prendre en charge le groupe Nūna’a e Hau ?
Cette troupe a été créée en 2016-2017 avec John Mairai, avec Oscar Temaru, avec Tutea Mollon, l’actuel directeur de la cellule culture à Faa’a, et quelques autres personnes. Avant, les troupes représentaient une commune mais petit à petit, les dirigeants de beaucoup de groupes s’en sont détachés. Les objectifs de Faa’a étaient de faire bouger leur population, la faire danser, leur proposer une activité culturelle. Participer au Heiva demande au moins six mois de préparation, c’était une bonne occupation. La grande fierté de Tutea est d’avoir réussi à attirer des jeunes des quartiers qui dansent encore chez Nūna’a e Hau aujourd’hui. Première participation au Heiva en 2017, la troupe gagne en Hura Ava Tau. En 2018, troisième prix en Hura Tau. Moi, je n’étais pas du tout dans l’équation à ce moment-là, mais j’avais suivi le groupe, trouvant leurs deux spectacles merveilleux.
Et puis tu es arrivée.
L’année dernière, la mairie a voulu relancer le groupe et participer au Heiva. Ils ont fait appel à papa Heimanu (Heimanu Tehahe, ndlr). Il était ok pour mener Nūna’a e Hau, mais pas tout seul. Il est musicien depuis toujours (50 participations au Heiva i Tahiti, ndlr). Il a été chef d’orchestre. Il m’a sollicitée, mais je n’ai pas dit oui tout de suite parce que je ne savais pas, professionnellement, ce que j’allais faire.
Que fais-tu en ce moment ?
Je vis entre New York où travaille mon tāne et Tahiti. Je suis entre les deux. Et puis j’avais des doutes sur mes capacités. Participer au Heiva en tant que danseuse, je veux bien, mais en tant que chorégraphe… Je n’avais pas confiance en moi. En tant que professeure de ‘ori tahiti, j’ai déjà pensé à emmener une troupe sur To’atā, mais je voulais commencer par la catégorie amateur, avec moins de pression. Cette proposition de papa Heimanu était juste très inattendue. Et puis un jour, j’étais à New York, il m’a rappelée pour la dixième fois et j’ai dit oui. J’allais bien voir. Ce sera un test ! J’ai convaincu ma binôme, Tahia Lehartel, de m’accompagner dans l’aventure. Elle s’est occupée des costumes.
Comment s’est passée toute cette préparation au Heiva ?
Après 17 heures de vol, j’arrive à Tahiti et à peine sortie de l’avion, on est parti boire un café pour discuter. J’ai découvert le texte avec le jet-lag, la fatigue du voyage et je me suis demandé comment j’allais faire. J’ai eu peur en découvrant cette histoire vraie de frères jumeaux. Avec des thèmes abstraits, tu peux te permettre des interprétations, des écarts, mais là, non. Et puis après plusieurs lectures, tout est venu. Les idées arrivaient toutes seules.
C’est un gros travail d’équipe ?
Il faut partager les mêmes visions avec le chef d’orchestre, la costumière, l’auteur… Si les costumes ne suivent pas, si la musique ne suit pas, si les éléments ne suivent pas, si l’administratif ne suit pas… C’est du travail pour rien. Si au niveau de la danse, tout est impeccable, mais que le dossier artistique est rendu en retard, tu as des pénalités. Si le costume ne tient pas sur scène, tu as des pénalités. Si tu fais un costume parfait, mais que sur scène, il n’est pas mis en valeur, ça ne marche pas. En fait, c’est vraiment un travail d’équipe. Il suffit qu’un des maillons de la chaîne soit plus faible ou ne soit pas en cohérence pour tout faire rater.
Et vous avez donc dansé sur ce thème : une histoire de frères jumeaux.
C’est Serge Tuarau qui a choisi ce thème. Il a écrit trois chants, mais n’a pas pu continuer pour des raisons de santé et c’est Yann Paa qui a pris la suite. Cette histoire vraie existe sous plusieurs versions dans des livres, on a choisi de conserver la version de Serge Tuarau.
Es-tu contente de cette première expérience comme cheffe, chorégraphe, d’une troupe en Hura Tau ?
Oui, beaucoup. On a beaucoup appris. Il y a eu beaucoup de challenges. On avait environ deux cents personnes à gérer en comptant tout le monde, sur scène et hors scène, c’est-à-dire les danseurs, les musiciens, la costumerie, l’administratif, l’équipe technique, le régisseur… Des parents, des bénévoles sont venus aider. C’était une belle expérience.
Prête à la renouveler ?
Oui, mais pas de sitôt, il faut qu’on recharge les batteries ! C’est épuisant physiquement et mentalement. On a produit 35 000 pièces de costumes, le travail se terminait à 4h du matin, on dormait dans la costumerie… Notre designer, une Tahitienne qui vit au Japon, nous envoyait les dessins, mais il fallait ensuite faire…
Extrait de l’article rédigé par Lucie Rabréaud
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