Après plusieurs années dans l’enseignement, elle a lancé sa propre société de formation en reo tahiti. Cours particuliers, en groupe, traductions… elle veut rappeler combien le tahitien est beau et riche, et surtout contribuer à le maintenir bien vivant.
« J’ai lancé Forreo en février dernier. Le 12. Je me souviens très bien de la date parce que ça a été difficile. J’y réfléchissais depuis plusieurs années, mais quitter le salariat est une décision qui ne se prend pas à la légère. Et il a fallu préparer les papiers administratifs, la demande d’agrément comme centre de formation, trouver du financement, acheter un peu de matériel informatique… Aujourd’hui, je peaufine le catalogue de formations et je prépare un site avec des supports pour les clients. J’ai démarré ma vie professionnelle à Radio Tefana, j’étais journaliste, animatrice, je faisais un peu de tout. Je présentais les informations, interviewais les invités, couvrais les conférences de presse, et c’est là que j’ai développé l’envie de parfaire mon tahitien. Mon chef m’avait demandé comment traduire “crocodile” en tahitien. Vraiment, je ne savais pas. Il m’a dit : “C’est un lézard sauvage : mo’o tāhae”. Ça m’a marquée. Je parlais le tahitien de la “brousse” et il y a une différence avec la langue académique, certains mots ont perdu leur sens, d’autres ont été oubliés. J’avais honte de ne pas le parler correctement. Il y avait aussi cette recherche d’identité. J’ai du sang chinois, popa’ā, tahitien… Tout ça était très instable. La langue a été une ancre. Le tahitien est ma langue de cœur.
Je suis restée dix ans à Radio Tefana puis je suis allée travailler à la mairie de Faa’a pendant neuf ans. Les dernières années, j’ai repris mes études pour devenir enseignante. L’envie de transmettre est devenue une passion au fur et à mesure des années. Quand on entend les linguistes dire que dans 50 ans, plus personne ne parlera le reo tahiti, ça réveille quelque chose en toi. Il y a déjà eu beaucoup de choses détruites alors non, pas la langue. Une langue, c’est un peuple. Plus de langue, plus de peuple. Ça voudrait dire que les Tahitiens ont adopté d’autres coutumes, d’autres traditions. Une langue, c’est une façon de penser, des concepts… »
Extrait de l’article rédigé par Lucie Rabréaud
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