À la boutique de tissus, certains viennent acheter des coupons ou des mètres et d’autres s’arrêtent seulement pour aller voir la créatrice de ce magnifique costume de Miss Tahiti. Leia Diard a été élue Miss Tahiti, mais la créatrice de son costume, célébrant le martin-chasseur des Marquises qui n’existe plus qu’à Tahuata, a aussi été primée. Première fois que cette passionnée de la fabrique costumière obtenait cette récompense.
«J’ai déjà travaillé pour Miss Tahiti, Mister Tahiti, et plusieurs élections de beauté dans les communes. L’année de Vaimalama Chaves (2018), j’ai eu le deuxième prix et cette année, le premier prix. Quand ils ont annoncé mon nom… J’avais senti que je pouvais être la meilleure. Mon modèle était unique avec toutes ces graines, les poepoe, et puis les herbes, qu’on appelle toetoe en rimatara et pampa en français.
Cette année, nous devions nous inspirer des oiseaux, et moi j’ai eu l’oiseau de Tahuata, le Pāhi (le martin-chasseur des Marquises). Je voulais rester sur la couleur blanche, comme l’oiseau, d’où mon choix des toetoe et des poepoe, que j’ai commandés auprès de ma famille à Rimatara.
C’est un costume qui m’a demandé beaucoup de travail. Les poepoe sont collés, les toetoe sont cousus un par un sur la toile de jute, pétale par pétale. Il fallait en mettre plein pour que ce soit volumineux. Pendant la semaine, je laissais le costume de côté, mais le mannequin était sous mes yeux chez moi et je laissais les idées venir petit à petit. Le samedi, je terminais à midi et après je me mettais à la fabrication du costume.
Le dimanche, j’y consacrais toute ma journée. Je n’ai pas compté mes heures.

Photo : Tevahitua Brothers ©
Quand Leia Diard est venue me voir pour faire son costume, je l’ai bien regardée. C’est en voyant sa silhouette que j’ai commencé à avoir des idées. Mes yeux sont tombés sur les rouleaux de toile de jute qu’on vend dans le magasin dans lequel je travaille : une bonne idée pour faire ma base. C’était la première fois que je l’utilisais, ça change des autres matières habituelles. Il ne faut pas avoir peur d’utiliser d’autres choses, mais au contraire oser essayer.
Et je suis contente d’avoir essayé avec la toile de jute. Certains ne voient que d’anciens sacs de coprah et trouvent ça étonnant que la Miss Tahiti ait porté ce genre de choses. Mais récupérer des matières pour fabriquer des costumes, c’est intéressant.
Quand j’ai fini le costume, que tout avait été monté, le résultat était là ! Il y avait juste des petits détails à fignoler. Quand Leia Diard a vu… »
Extrait de l’article rédigé par Lucie Rabréaud
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