La pièce n’est pas très grande et bien encombrée. Par la fenêtre, on voit les arbres et les poules qui se promènent. Sur le carrelage, des traces bien droites de peintures, on devine la toile qui a été posée là, à même le sol. C’est par terre que Hokunui Montaron Clover aime travailler. Comme ça, quand elle lève les yeux, c’est la montagne qu’elle voit.
C’est une artiste difficile à saisir car elle est insaisissable. Elle est là et parfois s’envole dans ses pensées, se laisse accaparer par un autre monde qu’elle devine au-delà du nôtre. Aujourd’hui, c’est dans ses peintures qu’elle se raconte, mais elle avait d’abord pris la plume pour essayer de dire ce qui la traversait. Des carnets de croquis qui se remplissent de poèmes, de mots, d’histoires, de récits, de morceaux de vie… D’où son nom d’artiste qu’elle a gardé pour ses peintures : Pereau ‘iti, petite plume en français. Le nom que sa tante lui a donné en la voyant tout le temps plongée dans ses cahiers. C’est elle qui lui donne des livres à lire et Hokunui relit sans arrêt ceux qui l’ont captivée. « L’adolescence, l’anxiété, la dépression… J’étais souvent seule. Je suis enfant unique et je n’avais pas beaucoup d’amis », sourit-elle, en avouant doucement qu’elle « n’aimait pas les gens ». Ils « lui faisaient peur ». Plus tard, elle est diagnostiquée TDAH (troubles ou déficits de l’attention et hyperactivité, ndlr). Dans sa tête, tout va très vite et les gens autour d’elle semblent être au ralenti. Vraiment non, ça ne lui convient pas du tout. La nature lui permet de temporiser ses pensées. Elle médite, fait des promenades, va parler aux arbres. Petite, elle grandit auprès du marae Ta’ata à Paea. « Il fallait rentrer avant la nuit pour éviter les tūpāpa’u. Oui, j’y crois. » Le monde invisible, elle le voit…

Extrait de l’article rédigé par Lucie Rabréaud
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