Elle vient de publier Le dodo de ‘Ōhiti chez Au Vent des îles, une histoire toute douce pour les plus petits, qui tranche avec son univers plutôt dark. Storyboardeuse depuis dix ans, elle a travaillé sur des productions pour Ubisoft, Netflix, Warner Bros., France Télévisions, et s’est spécialisée dans les moments dramatiques chargés d’émotions.
Son premier livre est né parce que sa fille est née. En grandissant, des rituels se sont mis en place, notamment celui du dodo avec l’incontournable lecture. Et après plusieurs années passées en France, quand Vaiana Rey a retrouvé son fenua, la richesse de la création littéraire polynésienne lui donne quelques idées. Et voilà ce petit crabe, tout rond, tout mignon, qui n’a pas très envie de dormir. ‘Ōhiti part alors en quête de l’endroit idéal pour la nuit. La coquille du Bernard l’Hermite ? Emmêlé dans les algues comme la pieuvre ? Non, rien ne lui va… Jusqu’à ce qu’évidemment, il finisse par trouver l’endroit parfait. Un conte tout doux qui se termine au son paisible de la mer léchant la plage. « C’est d’abord le texte qui est venu. Je ne sais pas pourquoi un crabe… parce qu’ils sont mignons, un peu timides, souvent cachés. » Des héros parfaits ! Complètement inoffensifs, ce qui la change de ses habitudes, car Vaiana Rey est plutôt portée sur les images fortes avec des morts, des batailles, des transformations, du drame et des émotions fortes. Cette storyboardeuse de son métier est une spécialiste de ces moments noirs qui plongent au tréfonds des âmes.

Elle est née à Tahiti et a grandi entre les îles et la France, bercée par les légendes polynésiennes qui la fascinaient, les premiers mangas vendus au tabac presse du supermarché. « C’était le tout-début et j’ai tout de suite été mordue. En catéchisme, j’avais été punie parce que je lisais un manga sous la table au lieu d’écouter », rigole-t-elle. Mais aussi ce rituel familial du vidéo club, une fois par mois, pour découvrir des films d’animation qui ne passaient pas à la télé : les Miyazaki, Millennium Actress, Tokyo Godfathers… « Je découvrais que le dessin pouvait faire naître des mondes entiers. L’animation ouvrait une porte vers tous les possibles. » Ou encore ces après-midis entiers plongés dans des sagas comme Le Seigneur des anneaux ou Star Wars. « Ma famille ne vient ni de l’art, ni du cinéma, mais les aime profondément. Elle m’a appris qu’une histoire pouvait devenir le lieu de retrouvailles, de voyages, d’émotions partagées. »



Comments are closed