L’année a été difficile. Elle a mal commencé, mais s’est heureusement bien terminée : sur le diplôme de la licence DN Made et des œuvres issues de toute une réflexion sur la place des hommes sur cette terre, vivants et morts. L’art comme réponse aux questions de société.
Nous avions rencontré Manea Macé une première fois, il y a deux ans. Elle exposait son travail de fin d’étude du brevet polynésien des métiers d’art au musée de Tahiti et des îles : un dôme renversé noir, constellé d’étoiles en nacre. Elle a continué ses études en licence DN Made et a de nouveau travaillé la nacre. Si l’année a été difficile, c’est qu’elle a dû changer d’option, passant du Centre des métiers d’art (CMA) au lycée Samuel Raapoto, tous deux partenaires pour cette formation. Un changement compliqué, subit et difficile à vivre, en pleine tempête au CMA où la direction a été modifiée de manière soudaine en cours d’année. Manea Macé a tenu bon, faisant tout pour poursuivre sa licence et finissant par obtenir son diplôme avec les félicitations du jury. « Je n’ai pas été découragée dans mon envie de devenir artiste. Je voulais continuer ce que je sais faire de mieux : créer, imaginer des choses, dessiner, fabriquer… » Au départ de cette dernière année de licence, elle imagine travailler la poussière de nacre. Les ateliers des artisans-graveurs en sont remplis. Mais avec le changement d’option, elle passe « d’objet et arts graphiques océaniens : tradition, création et innovation » à « Fibres et textiles, Héritages Polynésiens : processus Innovant et Éco-Responsable ». Faire de la nacre un textile : voilà de quoi la challenger.

Elle commence par faire des recherches, observe attentivement le costume du deuilleur dont le plastron est fait de milliers de petites lamelles de nacre taillées et assemblées, elle fait des prototypes, parvient à reproduire la souplesse du textile avec la nacre, s’intéresse de près aux cérémonies mortuaires. Finalement, le changement d’option devient une chance : « Tout s’est emboîté correctement, tout paraissait logique. » Et s’interroge aussi : que deviennent nos corps ? Elle voit cette question qui revient de plus en plus régulièrement à la Une des médias : le manque de place dans les cimetières, les communes qui souhaitent installer des crématoriums, elle construit son projet autour de cette problématique. Elle rencontre les gardiens des cimetières, discute avec ses parents, « je suis fille unique, je serai donc seule pour assumer tout ça à leur disparition ». Elle invente alors des…
Extrait de l’article rédigé par Lucie Rabréaud
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