Elles sont toutes les deux infirmières de coordination de Arata’i Onco. Jennifer Corbel et Élodie Benhamza accompagnent à distance les patients atteints de cancer qui suivent un traitement à domicile. Leurs mots aident à affronter les maux.
Jennifer Corbel, 41 ans
« Un métier aux multiples facettes »
«J’ai suivi une école d’infirmière en métropole entre 2003 et 2007 et obtenu un diplôme universitaire en soins palliatifs et accompagnement et un autre en plaies/cicatrisation. J’avais une maman dans le domaine. De retour en Polynésie en 2008, j’ai travaillé à l’hôpital où je suis restée treize ans dont six passés en oncologie. J’y ai fait de belles rencontres et j’ai vécu une expérience vraiment intéressante. Ensuite, je me suis lancée dans le libéral. Ce qui me plaît aujourd’hui dans le métier d’infirmière, c’est que c’est une profession riche de rencontres et qui ne cesse de nous en apprendre tous les jours. C’est un métier aux multiples facettes qui peut nous faire aborder tous les aspects de santé d’un patient. Cela implique pour nous d’avoir une vigilance élargie à tout ce qui peut concerner le patient, santé physique, mentale, sociale, etc. Il n’y a pas de routine.
Lorsque j’étais encore au CHPF, j’avais commencé à parler de suivi des patients, c’est sans doute ce qui m’a permis d’être là aujourd’hui, de compter parmi les professionnels de Arata’i Onco. J’ai intégré l’institut du cancer de la Polynésie française (ICPF) il y a dix mois. Le programme Arata’i Onco permet d’accompagner les patients via un parcours personnalisé de suivi de leur traitement oral de chimiothérapie, hormonothérapie et thérapie ciblée. Ces patients ne sont plus dans le circuit hospitalier, nous sommes là pour répondre à leurs questions, les rassurer, échanger sur différents sujets. Le suivi par Arata’i Onco permet aux patients de ne pas se sentir seuls dans l’expérience d’une prise en charge de maladie. Ils peuvent avoir le ressenti que “ce sont juste des comprimés à prendre” alors que c’est souvent plus compliqué, il peut y avoir des effets secondaires à apprendre à connaître et à apprivoiser, une organisation du quotidien avec des surveillances de prises de sang, des injections à penser à programmer, etc. L’accompagnement permet parfois de ne pas abandonner, de parler de ce qui est mal vécu et d’essayer de trouver des solutions ensemble pour les surmonter quand c’est possible. On les aide à mieux comprendre pourquoi ils prennent ces traitements, à trouver parfois des solutions pour adapter leur quotidien et on fait le lien avec le médecin pour l’informer si le patient supporte bien son traitement. Arata’i Onco est un programme récent, il a démarré en janvier. Jean-François Moulin, oncologue médical responsable du pôle de coordination à l’ICPF, a lancé un appel à projets remporté par AstraZeneca. Le groupe a financé l’achat du logiciel de suivi ainsi qu’un poste, ce qui me permet d’être là aujourd’hui. Mais l’engagement n’est pas pérenne, nous n’avons aucune visibilité après 2027. »
Élodie Benhamza, 38 ans
« J’ai commencé en mode débrouille »
«Je suis infirmière depuis 2013. En France, j’ai travaillé deux années dans un centre de lutte contre le cancer à Marseille. Je suis arrivée en 2015, j’ai démarré à l’hôpital, au service hospitalisation en oncologie qui venait d’ouvrir. J’ai quitté le service en 2018 puis suis restée quatre ans à la Direction de la santé. Il était alors question de créer l’institut du cancer de la Polynésie française (ICPF), un beau projet que j’ai pu intégrer en septembre 2022, après avoir été quelque temps infirmière libérale. J’ai été pas mal sur le lancement de différentes choses comme les évasans inter-îles, les soirées info patients, le programme de suivi d’accompagnement des patients avant que naisse le programme Arata’i Onco. Pendant plusieurs mois, avant d’avoir accès à un financement, j’ai commencé à appeler des patients sur une zone restreinte entre Mahina et Paea, et dans les îles, pour les accompagner, mais rien n’était formalisé. Je travaillais de petite manière, en mode débrouille, mais cela a permis de poser les bases du suivi. Aujourd’hui, nous avons un logiciel dédié et une soixantaine de patients en file active. Chaque jour, nous appelons une dizaine d’entre eux…



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