Pas de demi-mesure avec elle, ni même de détours, quand elle parle c’est toujours sincère et direct et si ça ne vous plaît pas : « Tant pis ! » La cheffe de O Tahiti E mène sa troupe depuis 40 ans et n’admet aucune force contraire. « Je ne suis jamais tombée », assure-t-elle en vous regardant bien en face. Son caractère bien trempé s’adoucit quand elle esquisse quelques gestes ou pas de ‘ori tahiti : sa manière à elle de raconter sa terre et son univers…
Elle est en pleine préparation du Heiva i Tahiti. On imagine que c’est souvent comme ça chez elle en plein mois de juin. Dans quelques semaines, elle emmènera sa troupe O Tahiti E place To’atā. Des mois qu’ils se préparent. Derrière la maison, chez Marguerite Lai, un fare où sont accrochés les more, les coiffes, des boites s’empilent partout, on devine les costumes des éditions précédentes, des réserves de graines, de coquillages. Sur la pelouse, des jeunes femmes tressent en rigolant. Tout le monde a le sourire, semble heureux d’être là, au soleil, avec Marguerite Lai pas loin et la mer à l’horizon. Seuls les travaux sur la route perturbent la quiétude du quartier. Un ouvrier interpelle la cheffe de la maison au portail, il faut déplacer une voiture. Marguerite Lai s’agace : « A parau mai na roto i te reo tahiti ! » Le monsieur a un rire gêné… « Les Tahitiens ne savent plus parler leur langue… » et ça la désespère. « Qu’est-ce qu’un peuple qui a perdu sa langue ? Que les Polynésiens n’aillent pas dire que ce sont les Français qui leur ont interdit de parler en reo tahiti. C’est fini ça, c’est le passé ! Wake up! Un peuple qui perd sa langue, perd ses couilles ! C’est terrible. » Oui, elle ne passe pas par quatre chemins pour dire ce qu’elle pense…
En 2019, elle meurt sur scène. Elle est cette aïeule qui dans son dernier souffle transmet ce qu’elle sait, ce qu’elle a été. Le tableau finit, elle grimpe bien vite dans les tribunes par les coulisses et guette ses danseurs. Le ciel menaçant finit par se déchirer et c’est la pluie. Soudain, ce n’est plus le ‘ōrero, ni la musique qu’on entend, mais Marguerite Lai elle-même qui explique que si un de ses danseurs se blesse, ce sera de la faute des organisateurs qui n’ont pas voulu arrêter le spectacle. Le ministre de la Culture, Heremoana Maamaatuaiahutapu, prend le micro quelques minutes plus tard, le spectacle s’arrête. Toute la troupe se met à l’abri et le public patiente sous le toit du central, attendant que la pluie se calme pour rentrer. Deux jours plus tard, on remet ça. La surprise est passé et pourtant, c’est toujours aussi intense. On voit, on entend d’autres choses que l’on n’a pas vues, entendues, la première fois. Te Aho Nūnui est une splendeur et remportera le Grand prix Madeleine Moua. On entendait alors cette rumeur : ce sera le dernier, Marguerite Lai prend sa retraite. Et très vite cet écho : elle n’a jamais dit ça !
Cette année, elle aura 69 ans. Le 2 septembre prochain très exactement. « Je n’ai pas eu une vie facile », dit-elle en faisant le tour des photos de famille et des spectacles de danse accrochées aux murs de chez elle. « Mais avec mon caractère, j’avance. » Elle parle de ses ancêtres, aime dire qu’elle est « une sang-mêlé » : chinois, breton, paumotu, Rurutu… Au bout du couloir, ce grand panneau d’une vue aérienne sur la troupe formant un cercle plein et parfait au milieu de To’atā. « Je n’ai pas un caractère à me laisser faire. Je ne mens pas, je n’aime pas qu’on m’écrase ou qu’on m’impose des choses. » Son premier Heiva, c’était en 1997, déjà onze ans que O Tahiti E existe, mais Marguerite Lai attend que la troupe ait des racines bien profondes et solides pour venir devant le public. Quand a-t-elle commencé la danse ? Toute petite et puis au Bon Pasteur où elle restera en pension dix ans. « La Polynésie, comme toute civilisation



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