
Photo : Tevahitua Brothers ©
Elle est épidémiologiste à l’Institut du cancer de la Polynésie française (ICPF) depuis 2023. Moerava Chiu, diplômée d’un cursus en ingénierie de la santé, pèse dans les stratégies de santé publique. Elle travaille en coulisse, sans prétention, reconnaissant tout à la fois ses forces et ses fragilités.
«Je vais être honnête, je suis plutôt quelqu’un de discret. Mais je suis très agréablement surprise de faire l’objet d’un portrait ! » Moerava Chiu parle peu d’elle, elle n’a pas l’habitude d’être au-devant de la scène. Elle prend soin des gens, indirectement et à distance. Dans l’ombre, derrière son ordinateur, en manipulant des chiffres, elle mène d’indispensables missions. Elle est épidémiologiste : ses conclusions participent à la mise en place de stratégies de santé publique.
« J’ai toujours besoin de comprendre »
Née en 1990 en France, alors que son père terminait ses études de médecine près de Bordeaux, Moerava Chiu est rentrée à Tahiti l’année suivante. Elle n’avait que quelques mois. Elle a grandi au fenua, a suivi sa scolarité à l’école Sainte-Thérèse et à Taunoa, puis à La Mennais, sans trop savoir ce qu’elle voulait faire. « J’avais une attirance pour les sciences, indique-t-elle, plus, en tous les cas, que pour la littérature ! » Elle a donc choisi une filière scientifique. « Mais il y avait beaucoup de mathématiques. Or, apprendre par cœur, ce n’est pas mon truc. J’ai toujours besoin de comprendre, de savoir à quoi sert ce que j’apprends. Je préférais la physique-chimie. » Inspirée, de loin, par ses parents – sa mère était assistante sociale –, elle a décidé de suivre des études de pharmacie. Sa première année en France a été difficile. « Il manquait la chaleur polynésienne. » Heureusement, elle a pu compter sur ses amis pour tenir bon. « Mais j’avais quand même pour objectif de revenir à Tahiti. »
Pendant son année de pharmacie, Moerava Chiu a dû faire face à un nouvel écueil : « Il y avait encore beaucoup de par cœur ! J’ai bifurqué vers une autre branche. » En 2008, elle a opté pour l’ingénierie de la santé, qui est une interface entre les sciences de l’ingénieur, les technologies et les sciences de la vie ou de la santé. « L’avantage de cette voie, c’était les stages : il y en avait un par an. C’est concret, et c’est ce qui me plaît ! » Elle est passée directement en deuxième année de licence après avoir validé sa première année de pharmacie. Elle a d’abord effectué un stage dans un laboratoire de lutte contre le cancer pendant six semaines. « Sans le savoir, c’était mon premier pas dans la lutte contre cette maladie. » Elle recevait les échantillons pour analyse et n’avait pas de contact avec les patients, « ce qui me convenait parfaitement car, contrairement à mes parents qui sont dans le soin, au contact des gens, je préfère être en retrait ». En troisième année, elle a effectué un stage au CHPF, à la pharmacie à usage intérieur. En ingénierie de la santé, deux voies sont offertes aux étudiants : les médicaments ou la cosmétologie. « J’ai préféré la seconde car il me semblait qu’il n’y avait pas d’avenir dans les médicaments à Tahiti. La cosmétologie me paraissait offrir plus d’opportunités. » Elle a donc effectué son stage de master 1 dans un laboratoire d’études cliniques de produits cosmétiques, puis, en master 2, elle a rejoint les affaires réglementaires d’une marque de renom à Paris. « C’était encore autre chose, on était sur la formulation de produits. »
Une fois diplômée, elle a poursuivi dans cette voie et a travaillé dans une très grande entreprise de dermo-cosmétique. « Cela faisait près de dix ans que j’étais partie, le fenua me manquait. J’ai profité d’une fin de contrat pour revenir en vacances à Tahiti, après quatre années d’absence. Et finalement, je suis restée. »
« Les gens pensaient que je faisais du rouge à lèvres »
À Tahiti, son parcours n’a, d’abord, pas joué en sa faveur. « Avec toutes ces expériences en cosmétologie, les gens pensaient que je faisais du rouge à lèvres ! » Elle a travaillé comme secrétaire médicale dans le cabinet de son père avant de pouvoir se rapprocher du secteur pour lequel elle avait été formée. En 2020, en pleine crise Covid, elle a été…


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