Devant elle, sur une petite table, la carte de la Polynésie française peinte sur un tapa et derrière, sa fameuse robe qui a remporté le premier prix du concours du 4e Salon des jeunes artisans créateurs dans la catégorie étoffe. Dix ans qu’elle travaille le tapa, mais elle se considère encore comme « la petite jeune qui commence ».
Marie Teriirere est tombée dans l’artisanat en tombant amoureuse ! Elle a grandi à Fatu Hiva, avec ses grands-parents qui lui parlaient marquisien, le marquisien du sud, une langue « qui chantonne », et apprend le français à l’école. Après le bac, elle prend une année sabbatique pour revenir chez elle et imagine ensuite s’engager dans l’armée. Mais voilà, elle rencontre son futur mari et tous les plans changent. « Ça fait presque vingt ans que nous sommes ensemble », sourit-elle. C’est lui qui lui fait découvrir l’artisanat. Elle pensait qu’il était simplement agriculteur et pêcheur, mais découvre que c’est aussi un sculpteur. « J’ai commencé par percer des graines et faire des colliers tout simples pour les vendre aux touristes. Puis des tableaux de sable… J’ai cherché ce que j’allais aimer faire. » Elle s’essaye ensuite à la gravure sur bois. « Je me suis coupée plein de fois avec les gouges, j’ai plein de cicatrices ! » Et quand elle participe aux ventes à chaque arrivée de bateaux de croisière, elle voit les māmā battre le tapa, faire des démonstrations. Ce qui lui donne envie d’essayer…
Personne ne lui apprend, elle s’y met toute seule et fait des tests. Elle retrouve le caillou de sa grand-mère sur lequel elle battait le tapa, la kiva, et trouve un battoir, le ike. « Petit à petit, j’ai appris. Et j’ai trouvé ce qui m’allait ! » Car c’est une révélation, voilà enfin une activité qui lui plaît. Ce n’est pas le battage qu’elle préfère, au contraire même, elle « n’aime pas du tout » ! Le battoir est lourd, ça fait du bruit… Mais le dessin. Ce moment où elle prend ses pinceaux, les trempe dans l’encre noire et se met à faire des motifs, reproduire des animaux, tracer des îles. Des pinceaux fabriqués maison avec du nī’au ou des pics à brochettes et ses propres cheveux serrés fort au bout avec du fil à coudre. « Quand je dessine, je suis dans mon monde, je me sens apaisée et quand j’ai fini, je suis contente. » Depuis 2015, elle travaille le tapa et pourtant, elle se considère encore comme « la petite jeune qui commence ». « Pour beaucoup, le tapa…
Extrait de l’article rédigé par Lucie Rabréaud
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