Le Village d’Enfants SOS de Polynésie est une association créée en Polynésie française en 1993. Elle est affiliée au Village d’Enfants SOS de France, membre du réseau international du même nom, qui est présent dans plus de cent-trente pays pour soutenir la cause de l’enfance en danger. L’association à Tahiti, composée de neuf administrateurs, est présidée par Georges Siu. Sa mission : « Protéger et accompagner des enfants en danger, en leur offrant un vrai cadre de vie familial, stable et sécurisant. » Rencontre avec la directrice, Charlotte Chaput.
Charlotte Chaput a été nommée à la direction du Village d’Enfants SOS de Polynésie française en septembre dernier. Elle a travaillé en maison de retraite puis a dirigé un pôle médico-social à Mayotte, tourné vers l’accompagnement de personnes en situation de handicap, sous mesure de protection juridique. Elle y a développé un volet autour de la parentalité avec des espaces de rencontres, de la médiation familiale. « J’ai eu un parcours assez riche dans le champ social et médico-social. C’est ma première expérience dans la protection de l’enfance au sens strict, même si je suis assistante sociale de formation donc forcément, l’enfance fait partie de mon cœur de métier. » C’est le « fruit du hasard » qui l’a conduite jusqu’à Papara. Mais travailler dans ce secteur est tout sauf « un hasard » ! « J’ai été très marquée par mes grands-parents, qui étaient tous les deux médecins et très engagés. Ma grand-mère, en particulier, a été l’une des premières femmes ophtalmologues à partir en mission en Inde avec Médecins sans frontières. À l’époque, c’était un sacré engagement, surtout pour une femme. Et je pense que ça m’a transmis quelque chose de fort, à la fois sur l’engagement humain… et sur la place des femmes dans des rôles de responsabilité ou d’aide. » Ce qui motive Charlotte Chaput aujourd’hui, ce sont les relations humaines. « Si j’ai choisi de prendre la direction d’un établissement, ce n’est pas juste pour “manager” : c’est aussi parce que j’ai vu trop de collègues en souffrance dans leur travail. Et pour moi, c’est un vrai non-sens de travailler dans le social ou le médico-social, au service de l’humain, et de ne pas prendre soin de ses équipes. » Au Village d’Enfants de Papara, les équipes sont presque exclusivement des femmes, puisque l’équipe compte également un homme ! Ce sont eux qui s’occupent des enfants quotidiennement dans les maisons.
Diriger un tel établissement n’est pas une chose facile. « Pour ma part, la première difficulté que j’ai rencontrée, c’est celle des préjugés. J’ai pris des fonctions de direction assez jeune, avant mes 30 ans, et en tant que femme, ce n’est pas toujours évident. Que ce soit auprès des équipes, des partenaires ou du public, il faut souvent faire ses preuves un peu plus, gagner la confiance, surtout quand on arrive dans un contexte culturel différent, comme à Mayotte ou ici en Polynésie. Dans ces moments-là, je pense qu’il est essentiel de prendre le temps d’observer, d’écouter, de comprendre ce qui existe déjà avant de vouloir changer les choses. » Pas de certitudes ou de recettes toutes faites, et pas question de faire du copier-coller, « on s’adapte, on se met à nu quelque part, pour mieux s’approprier les réalités du terrain. C’est un métier profondément humain, qui a du sens, et c’est ce qui nous tient debout. »


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