Elle a toujours voulu être médecin. Et médecin dans le service public, suivre les pas de sa mère, une des premières Polynésiennes à exercer à Tahiti. Sa force de travail et son caractère bien trempé l’ont emmenée jusqu’à la direction de l’Institut du cancer de Polynésie française (ICPF). Là, elle mène les projets avec ce vœu chevillé au corps et au cœur : tout faire pour améliorer la santé des femmes, des enfants et des hommes vivant ici, en Polynésie.
Téléphone en bandoulière, elle virevolte dans les couloirs, court d’un endroit à l’autre, revient tout de suite, repart car elle a oublié quelque chose. Octobre Rose se prépare et c’est un peu l’effervescence même si la prévention, c’est toute l’année qu’on en parle à l’Institut du cancer de Polynésie française. Une fois dans le bureau, elle s’assoit à la petite table ronde qui sert aux rendez-vous. Sur la chaise de son bureau, la blouse blanche du médecin, au mur, cette peinture sophistiquée d’une femme nue de Patricia Leroux, des livres sur la Polynésie s’empilent sur un meuble et sur un tableau, les photos de l’équipe sont punaisées entre les dossards de la Tahitienne et des affiches de prévention… On entend de l’eau couler d’une petite fontaine décorative. Une ambiance zen dans un monde où on parle beaucoup de maladies, de problèmes, de souffrances, mais aussi de guérison et d’espoir. Teanini Tematahotoa est la directrice de l’Institut du cancer de Polynésie française depuis 2022. Mais elle est avant tout médecin. Elle a toujours voulu faire ce métier. Sa mère était médecin, sans doute une des premières Polynésiennes à obtenir ce diplôme et à exercer au fenua. Le docteur Tuheiava. Elle a exercé dans le public et Teanini a toujours côtoyé ce milieu : « Le week-end, je voyais d’autres médecins du service public, des amis de mes parents, tous étaient très engagés et parlaient de ce qu’ils pouvaient faire de mieux pour la population. J’attendais ma mère au dispensaire, qu’elle finisse ses consultations… Devenir médecin était une évidence. » Teanini a toujours été une bonne élève. La réussite est importante dans sa famille : son grand-père est proviseur. Il est parti en bateau avec un de ses cousins faire son lycée en France. « Être un fonctionnaire engagé à des postes importants était quelque chose de valorisé dans ma famille. Médecin dans la fonction publique : je ne me voyais vraiment pas faire autre chose ! »
Quand elle quitte le fenua, c’est pour Bordeaux, une classe prépa en biologie-physique-chimie. La médecine, sa mère a essayé de l’en dissuader et a presque réussi en l’encourageant dans cette autre voie. Mais ça ne fera que mieux la préparer encore pour médecine. Cette année de prépa lui donne un rythme de travail à toute épreuve. Elle se lève à 6 heures tous les matins et inlassablement fait des fiches et des fiches et encore des fiches. Et il faut tenir, seule. « Quand on m’a installée en France, j’avais hâte que ma mère me laisse, mais le premier soir où je me suis retrouvée seule, le silence m’a frappée. À la maison, à Tahiti, il y avait toujours des tontons, des taties, des amis, des chiens… Là, j’étais seule. » Quand elle se décide à partir en première année de médecine, elle sait déjà comment travailler. Elle achète les cours d’une première année au cas où elle raterait quelque chose et continue à faire ses fiches. Elle termine 13e sur 600. Une sacrée réussite ! Surtout quand on connait l’ambiance de ces années médecine : « C’était la guerre ! Les redoublants font du bruit jusqu’à faire partir le prof et donc on rate le cours, eux ils sont contents. Parfois, certains appelés au tableau refusent de donner la réponse pour ne pas la dire à toute la classe… C’est très dur. » La compétition dès les bancs de la Fac. Mais un jour qu’elle donne son nom, une jeune fille se retourne : « Tu ne serais pas de Tahiti ? » Si ! Coup de foudre amical. Elle se fait une autre amie et, à trois, elles vont se soutenir pour réussir leurs années…
Extrait de l’article rédigé par Lucie Rabréaud
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