
Photo : Tevahitua Brothers ©
C’est d’abord sa voix, claire comme le lagon, mélodieuse et douce comme une rivière de montagne, c’est aussi ce visage encore poupin, toujours rieur, et cet amour pour la musique et la danse, des arts qui sont comme des prolongements d’elle-même. C’est une grande timide qui avoue préférer la tranquillité de sa maison à la foule. Mais qui passe son temps à chanter et à danser.
Ces dernières semaines, elle est bien occupée. Les répétitions de danse avec Temaeva pour le Heiva i Tahiti, les derniers détails de son mémoire pour son master en Langues, cultures et société en Océanie à l’université, ses projets de chanteuse… Bref, les choses ont tendance à se précipiter pour Raumata Tetuanui. Mais elle garde ses yeux rieurs et son grand sourire. Elle aborde tout ça avec un peu plus de recul et de détachement. Quelques années auparavant, elle se serait sûrement mis trop de pression, quitte à se rendre malade. Mais depuis le Festival du Pacifique à Hawaii il y a un an (c’était au mois de juin 2024, ndlr), où elle était invitée comme ambassadrice de la Polynésie française, les choses ont un peu changé. Elle a vu que les autres délégations venaient là pour partager leur culture, s’amuser, rigoler… Pas de compétition ou d’idée d’en mettre plein la vue aux autres, simplement la fête. Elle s’est alors détendue et a décidé de lâcher prise, de vivre la scène, les spectacles, les études, avec ce plaisir, sans penser à être parfaite. Après tout, on ne peut pas tout contrôler, alors autant s’amuser. Raumata va avoir 23 ans cette année et la musique « c’est toute ma vie », explique-t-elle les yeux brillants. Il y a aussi le ‘ori tahiti qu’elle a commencé à l’âge de 5 ans, un peu poussée par sa mère. Elle n’a jamais eu la chance de pouvoir faire de la danse tahitienne alors qu’elle trouve ça tellement beau. Elle encourage alors sa fille à apprendre. Il n’est pas besoin de le dire deux fois à Raumata qui, dès qu’elle entend de la musique, ne peut s’empêcher de danser. « À la maison, je passais mon temps à traverser les couloirs en fa’arapu tīfene ! La danse, ça me libère… » Et voilà la recette de cette grande timide : « La danse libère le corps et le chant libère l’âme. »
Donner de la voix, ça vient plus du côté paternel. Elle commence à faire des scènes à l’âge de 6 ans, quelques chansons alors que son père fait des concerts avec le Royal Band. Et puis surtout, elle le voit travailler dans son studio. Il compose et fait les arrangements des plus grands : Bobby, Angelo, Fenua, Esther… Impossible de citer toutes les expériences de Roger Tetuanui. Raumata grandit dans cet univers. Petite, elle a le droit de rentrer dans le studio et d’ailleurs, elle prend plaisir à toucher à tous les boutons de la console : « Je faisais n’importe quoi ! » Mais il lui a fallu du temps avant d’oser chanter devant son père. Sans doute qu’il l’impressionnait. C’est sa mère, qui connait sa voix, qui l’encourage. Un anniversaire, une surprise, ça y est, Raumata a montré ce qu’elle savait faire, mais un peu malgré elle (lire le Souvenir d’enfance, page 98). Et l’art la passionne. Le dessin, la littérature, aussi. « L’artiste n’explique pas toujours ce qu’il fait, c’est au public de trouver sa propre interprétation. Et puis parfois, on s’identifie à une chanson, un hīmene, un message. L’art est universel. » Quand elle est au collège, elle commence à écrire, elle fait des poèmes pour les Fêtes des Mères, les anniversaires, « j’ai tout gardé, raconte sa mère. Elle a une belle plume. » « Dans l’écriture, tu peux inventer des mondes, des personnages… » À la roulotte, on s’arrête de parler, on tend l’oreille. « Oh, c’est une chanson à moi : E tā’u purotu de Steve Angia que j’ai reprise à ma façon ! » Elle sourit et puis reprend la conversation.
C’est quand elle voit pour la première fois une répétition de Temaeva qu’elle commence à écrire en tahitien. C’est sa professeur de danse, Vaheana Le Bihan, qui l’emmène à cette répétition. Nous sommes en 2019 et c’est le dernier Heiva i Tahiti de Coco Hotahota. Puis, elle commence aussi des études en licence d’anglais, mais s’intéresse de plus en plus à l’Océanie et à l’histoire de la Polynésie et toutes ces lectures sur le Pacifique infusent en elle. Elle a quelques cours d’ailleurs sur ces sujets et ça la passionne. Au point qu’elle décide…
Extrait de l’article rédigé par Lucie Rabréaud
Retrouvez cet article dans votre HINE de juin 2025



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