
Photo : Tevahitua Brothers ©
Elle a 22 ans quand elle devient maman pour la première fois. Tamatea n’est pas un enfant comme les autres et elle a tout de suite envie de le protéger. Il est né polyhandicapé, suite à une erreur médicale. C’est avec lui qu’elle fait une rencontre qui va guider le reste de sa vie : celle du centre de la Mission de la Fraternité Chrétienne des Handicapés. Elle a présidé la Frat pendant de longues années et continue aujourd’hui à y travailler puisqu’elle en est devenue sa directrice générale.
C’est dans son bureau, au centre de la Mission de la Frat qu’on s’installe. Il n’y a pas beaucoup de bruit, les enfants sont à leurs activités, les véhicules stationnés dans la cour, c’est le calme du début d’après-midi. Ce qui ne reflète pas du tout la vie agitée de Pauline Moua qui a présidé l’Association Fraternité Chrétienne des Handicapés pendant plus de trente-cinq ans avant d’en démissionner, pour en devenir la directrice générale début 2026. C’est quand elle est devenue maman que sa vie a basculé. Son petit garçon, Tamatea, n’évolue pas comme les autres. Elle a 22 ans et doit gérer cet enfant différent, né polyhandicapé. Tous les deux ont failli mourir à l’accouchement et c’est ensemble qu’ils vont se réparer. Elle ne se souvient pas avoir été fâchée après ce coup du sort : « J’étais heureuse d’avoir un enfant, il était beau. » Avec son garçon, elle va de service en service, de médecin en médecin, tente d’avoir des explications, un diagnostic. « J’avais plein de questions. » Et jamais de réponses. Aujourd’hui, en y réfléchissant, elle se dit qu’elle n’a peut-être pas voulu tout entendre, comme si elle n’était pas tout à fait prête. Un jour, une dame lui dit qu’elle doit donner cet enfant et en faire un autre, qu’il ne vivra pas au-delà de ses 11 ans. « Je l’ai regardée, j’aurais voulu la mordre ! J’étais fâchée après elle. C’était mon enfant et handicapé ou pas, je l’ai aimé tout de suite. » Pauline s’enferme avec Tamatea, construisant leur cocon à tous les deux. Pas question qu’on s’approche.
C’est en France qu’elle a des explications. Elle rencontre des médecins, on lui parle de souffrance fœtale et on lui explique qu’il ne marchera jamais. « Ce sont des moments difficiles, mais j’avais une réponse. » Elle fait la rencontre d’une professeure en Bretagne qui s’occupe de personnes handicapées, elle trouve les mots pour la rassurer et elle viendra deux fois à la Frat assurer un suivi des enfants handicapés après sa rencontre avec Pauline. Son successeur viendra également et finira même par s’installer à Tahiti tant il aime la vie au fenua. À cette époque, Pauline Moua travaille à la CPS. Elle y rencontre Béatrice Vernaudon qui est alors assistante sociale et qui la sollicite : « Pauline, tu ne peux pas aller aider la Frat ? » Mais elle n’a pas du tout le temps : elle fait du basket à haut niveau, elle a son travail et son fils. Et Béatrice Vernaudon insiste, appuyant sur son cœur de maman : « Pauline, ça fait pitié… » Comment résister ? Pauline rigole quand elle y repense. « Elle m’a prise par les sentiments. » Et elle a réussi. Elle finit par devenir…


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