
Photo : Tevahitua Brothers ©
Elle avait annoncé prendre sa retraite en 2017. Cette année-là, Tamariki Poerani avait tout gagné : le Heiva i Tahiti puis le Hura Tapairu. C’est sa fille Kohai Batani-Gournac qui avait pris la suite. Et cette année, Makau Foster a décidé d’arrêter le groupe Tamariki Poerani. Un nom trop lié au sien. À sa fille de créer sa troupe et de prendre la place qu’elle mérite. Et puis Makau veut prendre le temps d’être avec ses petits-enfants pour leur transmettre tout ce qu’elle sait de la Polynésie.
On le savait. On a d’abord entendu des bruits et puis l’information s’est vérifiée. Ce Heiva i Tahiti 2025 était le dernier pour Makau Foster. Lors de la soirée de remise des prix, Matani Kainuku l’appelle à le rejoindre sur la scène. Les musiciens battent les tō’ere et Makau Foster, entièrement habillée de rouge, commence à danser sur ce rythme endiablé. Une fois à la hauteur de celui qui présidait le jury cette année, il s’adresse directement à elle : « On ne pouvait pas te laisser partir comme ça. Quand on apprend que c’est le dernier Heiva de Makau, non, non, non… On voudrait célébrer Makau ! Nous voulons te dire que tu es très chère à notre cœur, te remercier pour tous les beaux spectacles que tu as montés depuis la naissance de Tamariki Poerani. » Ses enfants arrivent, ses danseuses, ses danseurs, qui sont sans doute comme ses enfants. Et tous lui glissent une couronne autour du cou, l’embrassent. Dans le public, on applaudit et les messages sur Facebook où la soirée est retransmise en live affluent : merci, merci, merci… avec une avalanche de cœurs. Puis elle est entraînée sur scène. Un tāmūrē, des larmes, des câlins et le cri de Tamariki Poerani qui résonne dans les tribunes. « Tu teki e, kie, kie, kie. Tu teki e, kie, kie, kie, ‘ia hōtū, ‘ia tupu, ‘ia ruperupe. Urataetae e ! »
On ne pouvait pas, nous non plus, la laisser partir comme ça. Le bonheur avec Makau, c’est qu’elle est toujours partante. Et parler avec elle, c’est un pur plaisir car à travers elle, c’est l’histoire du ‘ori tahiti et celle de la Polynésie. C’est évidemment à la salle de danse de Tamariki Poerani, au cœur de Papeete, qu’on la retrouve. C’est son Q.G. et pour beaucoup de danseuses et danseurs, quasiment la maison. Ce jour-là, deux Mexicaines sont là. Elles racontent leurs histoires à Makau en espagnol, qui sourit et répond naturellement. « J’ai appris à parler espagnol à l’école et puis ensuite je me suis perfectionnée avec les voyages au Chili, au Mexique. » Pas plus compliqué que ça ! Une fois les jeunes filles parties, on se met à parler du Heiva. Cette année, Tamariki Poerani a raconté l’histoire de Ura Vahine ou Urataetae. La déesse de la danse devenue sauvage car remplie de colère de voir toutes les persécutions, les lois interdisant tout, la culture polynésienne qui disparaît… « C’est pour ça qu’on patine, c’est comme un grand puzzle. Il y a encore des trous, des choses qu’on cherche. Et parfois, on ne trouve pas et on comble avec des choses qui viennent d’ailleurs. Ça fait un genre, mais on ne peut pas appeler ça du ‘ori tahiti. » Makau est agacée. D’ailleurs, elle en veut aux musiciens qui ont tous, selon elle, accéléré le rythme. Tellement que les femmes n’ont plus le temps de faire les gestes. « Ça va plus vite et ces nouvelles mélodies entraînent de nouvelles façons de danser. Plus personne ne sait tā’iri ‘āfaro, taper juste, à l’ancienne. Il n’y a que dans les îles Cook qu’ils tapent encore comme ça. Les musiciens ici, ils font de la mitraillette. Avant, les danseurs étaient face aux musiciens et ils se regardaient, les uns s’adaptaient aux autres. Le rythme pouvait se rattraper en regardant les gestes. Aujourd’hui, les musiciens ne regardent que leurs pieds, il n’y a plus cette connexion. La musique fait tactactactactactactactac… J’en ai horreur. Je ne m’y reconnais pas. Avant, le tō’ere te parlait, il te racontait…


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