
Photo : Tevahitua Brothers ©
Policière municipale, pompier volontaire, sportive de haut niveau, créatrice de bijoux, Miss Bora Bora, pêcheuse passionnée et maman… Callie Moasen n’a jamais choisi entre ses multiples vies. Elle avance, portée par la mer, guidée par l’envie de servir et soutenue par une résilience forgée dans l’épreuve.
Tout commence dans l’eau. Pour Callie, la pêche est bien plus qu’une passion, « c’est maladif », s’amuse-t-elle à dire. « Ça me prend aux entrailles. Quand c’est la pleine lune ou la nouvelle lune, je sais qu’il y aura du poisson et je n’ai que ça en tête. Ou quand j’aime un leurre, ça va être une idée fixe, je le veux. Si je peux aller pêcher tous les jours, je vais aller pêcher tous les jours. » Initiée dès le plus jeune âge par son père, Callie apprend très tôt les différentes techniques de pêche au gros et de pêche lagonaire, et commence à s’attaquer aux gros poissons à l’adolescence. Son terrain de jeu ? Le lagon de Bora Bora et la haute mer des Raromata’i. Son plus gros adversaire ? Un ha’urā estimé à 300 kilos, mais la ligne se cassera au bout d’une heure de combat. « À l’époque, on avait un siège de combat où on travaillait le poisson. Dessus, il y a un baudrier dans lequel tu poses la canne, et ensuite toute la pression que le poisson exerce dans la canne, tu l’as dans les mains. Donc c’est vraiment de la pêche sportive. Tu peux rajouter un harnais pour t’aider à tenir la canne et faire le travail. Moi, j’ai connu la pêche comme ça. Donc c’était vraiment le poisson et toi. »
Dans la famille Moasen, cette « maladie » se transmet de génération en génération. « Mon père est pêcheur, mon grand-père était pêcheur. Et mes deux fils de 7 et 12 ans sont aussi des fanas de pêche. Ils sont piqués, la maladie est transmise », sourit la maman avec un brin de fierté dans la voix. « C’est le karma qui me rattrape parce que maintenant, il faut presque tout acheter en double, si ce n’est pas en triple. Bientôt, on pourra ouvrir un magasin avec toutes nos affaires de pêche ! »,
rigole-t-elle.
Des métiers d’hommes, un cœur de femme
Si la mer l’a façonnée, Callie s’est aussi construite dans des univers où peu de femmes osent s’imposer, tout en embrassant sa féminité. Callie a été Miss Raromata’i en 2004, Miss Va’a Polynésie en 2005 et Miss Bora Bora en 2012. La même année, elle intègre la police municipale de Bora Bora. Deux ans plus tard, elle devient sapeur-pompier volontaire. « Quand on ne me connaît pas, souvent on va me juger par rapport à mon apparence parce que je reste féminine. Mais ceux qui me connaissent et qui ont grandi avec moi, ils savent qu’il ne faut pas se fier aux apparences, que sous ce visage et ce corps de femme se cache un homme ! », lance-t-elle avant d’éclater de rire.
Ces métiers d’hommes, elle les a choisis avant tout pour aider son prochain, mais aussi un peu pour étancher sa « soif d’action ». Entre les rondes de nuit, les interventions musclées et l’adrénaline permanente, elle s’investit corps et âme. Mais cette vie a un prix. Les urgences, la violence, les drames laissent des traces. Callie l’avoue sans détour : elle a connu un choc post-traumatique. « J’ai eu des enfants et des personnes mortes dans mes bras et on ne le comprend pas tant qu’on ne l’a pas vécu, confie-t-elle. Il y a des gens qui disent : oui, mais tu as choisi de le faire. C’est vrai, j’ai choisi de le faire. Et les conséquences sur mon état de santé sont parvenues des années plus tard. Ce métier a également eu des répercussions sur ma vie de famille. J’ai loupé beaucoup de moments importants auprès de mes enfants. Aujourd’hui, je pense que j’ai fait ma part de service à autrui pour payer mon passage sur cette terre. J’ai eu ma période super-héros, maintenant je veux continuer à faire du bien, mais autrement, à travers le monde associatif, sans que ça me fasse du mal. Je laisse la place aux plus jeunes. Donc ça fait un an que je ne suis plus “ninja”, et que je suis passée du côté administratif. »
Vers le monitorat de pêche sous-marine
Depuis 2019, Callie a quitté sa Perle du Pacifique pour rejoindre la police municipale de Mahina. Avec ce changement d’environnement, elle a renoué avec un type de pêche qu’elle pratiquait plus jeune avec ses cousins : la pêche sous-marine. Pour améliorer sa pratique, elle se laisse entraîner par une amie, Jade Rotillon, et plus tard avec l’association Toa Hine Spearfishing de Taina Orth et Onyx Le Bihan, deux grandes championnes de la discipline qui l’inspirent à vouloir aller plus loin…


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