L’un est plutôt réservé, pas très à l’aise avec les médias, totalement novice en matière de théâtre. L’autre est plutôt expansif, déjà connu à Tahiti, assez bavard et a déjà une bonne expérience de la scène, du théâtre et du cinéma. Bref, rien à voir. Deux opposés. Ils incarnent les deux rôles principaux de la pièce ‘O Morito ta’u vahine et ça matche grave !
Morito et Tihoti, c’est eux ! Ce couple délirant de la pièce ‘O Morito ta’u vahine de Raffy Shart, auteur et metteur en scène de la pièce Ma femme s’appelle Maurice, traduite en tahitien par Jacquot Tiatia. Tous les deux vont être au cœur d’une sacrée salade dont la mayonnaise va monter au fur et à mesure des scènes. Les quiproquos s’enchaînent et bientôt les deux hommes vont se travestir en femmes, histoire de continuer à embrouiller tout le monde. Bref, une comédie où on passe son temps à rire, jouée par des actrices et acteurs brillants, dont ce duo de choc : Tamatoa Kautai et Christopher Prenat. Ni l’un ni l’autre se connaissent quand les répétitions commencent. La première fois qu’ils se voient, ils se croisent dans les couloirs de Radio 1. Christopher Prenat sort du casting et Tamatoa Kautai arrive pour rencontrer Raffy Shart sur un projet musique, rien à voir avec le théâtre. « Je connaissais Christopher comme ça, comme tout le monde. C’était le beau gosse de l’émission Pahono Mai et de la série Les Vilaines », raconte Tamatoa. Bref, ils se saluent et voilà. Christopher se rappelle un regard franc échangé… Les années passent et ni l’un ni l’autre n’ont de nouvelles de la pièce. Quand le projet commence à prendre forme avec Sonia Aline de SA Productions et Raffy Shart, ce n’est pas le duo qui a été retenu. Mais finalement, une annulation et un changement plus tard, les voici chacun à leur place : Tamatoa Kautai est Morito et Christopher Prenat Tihoti.
Il faut rapidement s’y mettre, les répétitions commencent d’abord en français pour que les chorégraphies s’enchaînent comme il faut. Car cette pièce, ce n’est pas seulement du texte, c’est aussi beaucoup de déplacements, de placements, de pauses… Bref, un véritable ballet, plutôt sportif. Et puis après quelques semaines, les acteurs passent au reo tahiti. « C’était ma plus grosse appréhension, raconte Christopher Prenat. Il fallait assurer… J’ai appris par cœur et aux répétitions, tous m’ont aidé en me corrigeant sur la prononciation, l’intonation. » Et surtout le duo a fonctionné tout de suite… Alors que l’un ne connait rien au théâtre et l’autre en est passionné. « Ça a marché parce que Christopher me redonne la bonne énergie et du coup, ça me met tout de suite dedans. C’est facile d’avoir la bonne intonation, le bon regard. Christopher fait cela à la perfection. » Tout en laissant la place à l’autre pour jouer. « Les rôles étaient faits pour nous », sourit Christopher, qui ne se verrait pas jouer avec un autre que Tamatoa.

À la première en 2021, ils avouent qu’ils avaient beaucoup d’appréhension, un gros trac. Mais Tamatoa aime aussi ces moments-là. « Je connaissais déjà cette sensation comme musicien et chanteur. Le trac, c’est un mélange de beaucoup d’émotions, de peur, de stress, d’excitation. Et ton corps ne sait pas gérer ça, il faut lui apprendre. J’aime ressentir cette sensation et y aller malgré tout. » C’est d’abord Christopher qui est sur scène et puis Tamatoa qui attend derrière la porte, le moment d’entrer à son tour. « J’entends les gens qui rigolent, je tremble derrière la porte. Je me dis : “Ne regarde pas le public”, mais Christopher ouvre la porte et la première chose que je vois c’est le public. “Qu’est-ce que tu veux ?”, me demande-t-il en tahitien. Et c’est parti ! » À la première, ils ont une standing ovation. Ils restent longtemps à saluer, de quoi bien les motiver à continuer. Ils en sont à sept représentations ! Un vrai succès. Et deux acteurs, devenus fans du travail de l’un et de l’autre, qui désormais se verraient bien faire d’autres scènes ensemble comme celle de To’atā, interpréter un ‘ūtē paripari par exemple à un prochain Heiva. Ils ont même réalisé qu’ils étaient cousins, tous les deux originaires des Marquises. Ça ne pouvait donc que matcher…


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