Soit elle danse, soit elle plonge. Élevée par deux fans de sport, elle prend rapidement goût à l’effort au point de ne plus pouvoir s’en passer. Mais cet effort n’est pas que physique, il est aussi mental. Que ce soit pour les battles de breakdance qu’elle a longtemps aimé faire ou l’apnée qu’elle pratique depuis plus de dix ans, elle a dû apprendre à « débrancher son cerveau », trouver le flow et se laisser porter, que ce soit par la musique ou la mer.
Hinatea enfile un blouson. Pas question d’attraper froid ou elle risque de ne plus pouvoir plonger. Dès que le nez est pris, impossible de bien compenser les oreilles et donc impossible d’aller des mètres et des mètres sous l’eau. Alors elle se couvre avant de continuer à raconter son histoire. C’est une danseuse et apnéiste. Sa mère est professeur de sport et de danse, son père, un des meilleurs en motocross, et tous deux ont essayé de l’entraîner dans le plaisir de l’effort physique. Le motocross ou le VTT, ça n’a pas vraiment pris. Le surf non plus, elle préférait vraiment être sous l’eau. D’ailleurs, elle s’amusait déjà à retenir sa respiration le plus longtemps possible. Concours familial dans la piscine de grand-mère ou encore porter des cailloux au fond de la mer, comme les champions de surf. « Sous l’eau, c’est un monde à part, silencieux, tranquille… » Ado, tout ça n’est encore qu’un jeu. À cette époque, c’est la danse son truc. À 3 ans, elle sait à peine marcher qu’elle suit les cours d’éveil à la danse de sa mère et puis ensuite ceux de modern jazz. Mais ce n’est pas encore la passion. Le déclic arrive lors d’un voyage à Los Angeles. Sa mère part régulièrement se former et Hinatea la suit. Elles découvrent ensemble le hip-hop. C’est la révélation. Un coup de foudre. « L’énergie, le dynamisme, les musiques, le style vestimentaire, tout me parlait. » De retour à Tahiti, elles continuent ensemble à se former et à apprendre, dans le salon, en regardant les cassettes VHS sur magnétoscope. Sa mère propose un cours de hip-hop et Hinatea participe à encadrer les élèves. Et puis, à 18 ans, elle a son bac, elle part en France suivre des études de Staps. Elle veut devenir professeur de sport comme sa mère, mais continue aussi la danse.

Photo : Celyne Roy ©
L’apnée fait une brève incursion dans sa vie avec des cours en deuxième année de Staps, encadrés par un des pionniers de la discipline, qui a aussi fondé l’Association internationale du développement de l’apnée (AIDA). « On plonge dans la rade de Villefranche-sur-Mer, mais ça me plaît moyen. Il faut mettre des grosses combinaisons, l’eau est froide. On est dans le sud, mais la Méditerranée n’a rien à voir avec le Pacifique. Il y a des méduses, des poissons tout gris… Bof. Mais j’étais douée ! » Il faut dire que les jeux d’enfant à retenir sa respiration lui ont donné une bonne base. Mais à ce moment-là, la danse occupe toute sa vie, pas de place pour l’apnée. Concours chorégraphiques de hip-hop, battles de breakdance, battles underground avec le public autour en train de hurler ou battles sur scène avec jury, Hinatea est à fond. Elle devient vice-championne de France au B-girl, un événement national réservé aux femmes, en 2013. « Dans le breakdance, c’est complet : on travaille la force, la souplesse, le cardio, la créativité, l’impro… En compétition, tu ne connais jamais la musique. Il y a l’adversaire en face de toi, à qui il faut répondre, le jury qui te note, le public qui regarde. C’est beaucoup de pression. Il n’y a rien de plus stressant que les battles de breakdance. Il faut être bien préparé et savoir s’adapter, créer tes propres mouvements, ce qu’on appelle ta signature. Il faut débrancher le cerveau et se laisser emporter par l’énergie, le moment, la musique. »
À côté de ces concours, elle enseigne la danse, fait des remplacements et puis finalement, abandonne ses études pour ouvrir sa propre école. Aujourd’hui, elle compte cent cinquante élèves. Elle aime beaucoup transmettre et dit avoir eu un bon exemple avec sa mère. Elle en suit certains depuis tout petit : 6-7 ans quand ils sont arrivés, 19-20 ans aujourd’hui et toujours avec elle ! « Il y a aussi des mamans, des papas, on s’amuse. J’ai créé une association avec un esprit familial. » Mais en 2015, elle a besoin de reprendre son souffle, de voir autre chose, de se retrouver dans la nature après toutes ces années enfermée dans une salle : ce sera l’apnée. Une évidence pour cette native de Moorea qui a grandi près de la mer, elle a besoin d’eau. « Je ne le savais pas, mais Nice, où je vis, est en fait l’un des meilleurs endroits au monde pour l’apnée. » C’est ici que…



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