C’était sans doute un magicien… Gaby Cavallo, professeur de chant lyrique au conservatoire artistique, décédé en octobre 2021, n’a pas disparu. Il est dans les cœurs des dix personnes formant le groupe Bel Canto. C’est lui qui les a convaincus que les Tahitiens étaient faits pour le chant lyrique et encore lui qui leur a donné cet objectif : utiliser leurs voix pour faire briller la culture polynésienne. Bel Canto sera sur la scène d’Avignon en juillet prochain pour présenter leur spectacle sur la Bounty.
Nous sommes lundi et en début de soirée, c’est l’heure de la répétition pour l’ensemble Bel Canto. Ils sont dix en tout, mais deux manquent à l’appel. Ils arrivent petit à petit, se saluent, s’invectivent, rigolent, s’installent, vont prendre l’air dehors, bref, ils se préparent doucement à chanter. Tous ont la voix qui porte fort, ils ont appris la technique d’opéra avec Gaby Cavallo, leur maître regretté auquel ils ne cessent de faire référence et de penser. Seul Terahiti Vilchez ne chante pas. C’est le pianiste de l’équipe. C’est lors d’animations musicales qu’il rencontre Laëtitia Jullian. Avec Reva Juventin, elles proposent d’intégrer quelques pièces classiques au programme habituel des animations de soirée. « Un intermède que les gens ont adoré »,
se souvient le pianiste. L’engouement monte et monte, jusqu’à ce que Laëtitia lui propose de rejoindre le groupe qu’elle a co-fondé au début des années 2020, Bel Canto. « Ça me touche de voir des Polynésiens qui ont une culture lyrique. On a tous des clichés sur l’opéra avec ses codes et de les voir eux, passionnés, ça fait plaisir. » Terahiti Vilchez a commencé le piano avec son père, Félix Vilchez, producteur de spectacles et musicien. Il l’emmenait avec lui et Terahiti adorait les répétitions, les spectacles, l’ambiance… Il étudie la musique, devient docteur dans sa spécialité et découvre l’enseignement. Et le soir, il se met au piano pour Bel Canto.
Cette culture lyrique, c’est Gaby Cavallo qui l’a semée en chacun d’eux. Avec Laëtitia Jullian, ils ont un vrai coup de foudre amical. Elle a toujours chanté, mais c’est pour le concours du Penu d’or qu’elle monte pour la première fois sur scène et là qu’elle rencontre Gaby Cavallo. « Il m’a prise sous son aile et voulait que je m’élève dans ce registre lyrique, mais ça ne m’intéressait pas du tout ! » Elle apprend quand même les techniques du classique qu’elle utilise pour les chansons de variété. Et elle « découvre sa voix ». « Voilà ce que je pouvais chanter : du plus grave au plus aigu. On prend confiance en soi aussi car on sait de quoi on est capable. » Elle part ensuite vivre à Paris, passe une année en Asie où elle chante, fait des animations. « Le chant est toujours là, c’est une passion, j’ai besoin de chanter, ça me transporte. » Quand elle rentre, elle retrouve Gaby Cavallo. Sa mort en 2021 entraîne quelque chose en elle… Une envie de continuer à le faire vivre en poursuivant ses rêves à lui : former un groupe de chant lyrique. « On a vraiment tous évolué ensemble dans le chant et on a le même mentor. Quand c’est dur, on pense à lui, à papi. On est là pour exporter notre culture et notre langue, tout en désacralisant le classique et l’opéra. Je fais tout ça pour lui ! »
Heiarii Boosie a tout de suite été partant pour l’aventure. C’est aussi au concours du Penu d’or qu’il rencontre papi Cavallo. Il ne fait pas du tout du lyrique, mais quand il entend tous ces chanteurs, ça lui donne envie d’être comme eux. Il prend des cours pour améliorer sa technique vocale, mais voilà que c’est une voix de baryton martin qui commence à sortir et ça ne lui plaît pas du tout. « Ce n’était pas ce que je voulais faire. Je voulais juste apprendre à chanter et je ne trouvais pas ça beau le lyrique. » Un jour, en voiture, il entend Caruso de Pavarotti, il en a des frissons, c’est le déclic. « Mon esprit s’est ouvert à cet art et j’ai accepté ma voix. » Gaby Cavallo lui rappelait toujours…



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