
Photo : Tevahitua Brothers ©
Ce titre de Wavemaker, elle ne s’y attendait certainement pas. Elle a été sélectionnée pour faire partie de ce programme international qui coache des personnes qui s’engagent pour l’environnement. Finalement, c’est l’aboutissement de tout son travail pour faire connaître les écosystèmes et être ce pont entre les scientifiques et le public. Mais aussi le début d’une nouvelle aventure avec toujours cette curiosité insatiable qui la guide et la motive.
Elle se souvient encore quand Donatien Tanret, qui dirige Pew Bertarelli en Polynésie, la prévient qu’il a donné son nom pour participer à un nouveau programme créé par la Blue Marine Foundation. Elle est d’accord bien sûr, sans trop savoir à quoi s’attendre. Et puis surprise, elle est sélectionnée avec neuf autres candidats. Quand elle ouvre ce mail de félicitations, elle est étonnée d’abord et puis enthousiaste. « Ce programme international, Rituals ocean wavemakers, est un peu le petit frère des Ocean Leaders de l’université d’Édimbourg. Nous sommes accompagnés, coachés et soutenus. L’idée est de faire monter en compétences des personnes qui travaillent sur l’environnement et l’océan. » Cours de storytelling, de financement, de fundraising et de management sont au programme…
Un an et demi de formation qui a commencé avec une semaine de rencontres à Édimbourg au mois d’avril. C’est là d’ailleurs qu’elle a saisi l’importance et l’ampleur du dispositif. « J’ai dû envoyer au moins cinq messages à Donatien (Tanret) pour lui dire merci, merci et encore merci ! » Aeata Richerd, seule Polynésienne du groupe, a également reçu les félicitations de la présidence qui espère qu’elle « portera la voix de la Polynésie française et renforcera sa visibilité internationale sur les grands enjeux liés à la protection des océans ».
Avec le Rituals ocean wavemakers, « nous avons des cours et ils mettent aussi leurs experts à notre service, nous accompagnant dans le montage de projet. Nous allons apprendre à écrire de la bonne façon, trouver les bonnes personnes… » Quinze années déjà que Aeata Richerd travaille dans l’environnement, mais elle considère avoir encore plein de choses à apprendre. « J’ai découvert mon métier sur le tas, mais il y a des choses que je ne sais pas du tout faire et qui sont totalement nouvelles pour moi, comme lever des fonds par exemple. Je me sens chanceuse ! » Parmi les dix personnes dont elle fait partie, nombreuses sont celles du Pacifique. « On mène des combats différents, mais chacun avance avec les difficultés de son territoire. Échanger avec eux m’a permis de relativiser et d’espérer. S’ils y arrivent, alors moi aussi ! » Travailler dans l’environnement peut parfois être décourageant, mais pas question d’abandonner.

Photo : Reva Atea ©
Ces quinze années d’expérience dans l’environnement ont commencé avec des études en management, gestion de projets et tourisme. Aeata se voit bien travailler dans le tourisme, mais pas pour vendre les bungalows sur pilotis, pour parler des écosystèmes et de la beauté de la population et montrer la richesse de la Polynésie, elle veut « vendre la destination autrement ». Après ses études, elle reste encore une année en France pour le travail et puis elle revient à Tahiti où elle embarque sur le Paul Gauguin comme Gauguine. Au bout de six mois, elle devient la responsable de l’équipe. « Cette expérience a conforté ma vision des choses. Nous faisions toujours les mêmes îles, mais chaque touriste était touché par des choses différentes. La destination est vendue pour ses plages, ses cocotiers et son soleil et quand ils arrivent, ils découvrent autre chose. » Aeata Richerd va à chacune des conférences des scientifiques organisées sur le bateau, elle veut tout savoir des îles où ils font escale. Jusqu’à ce que l’archéologue Mark Eddowes lui parle de ce travail de guide pour la Tetiaroa Society. « Mais je ne sais pas… Je ne sais rien ! », commence-t-elle d’abord par penser. Et puis elle se lance et après quatre années passées sur le Paul Gauguin, elle reste quatre années à Tetiaroa où, six mois après avoir commencé, elle devient aussi responsable. « Une autre famille, une autre ambiance ! ».
Deux expériences qui l’ont fait « sortir de sa zone de confort ». « Oui, j’adore parler, mais comme Gauguine, tu dois aller chercher les gens pour les inviter à venir à ton activité. Comme guide, tu dois essayer d’avoir le maximum de connaissances possible pour répondre aux questions. J’ai tout appris sur Tetiaroa : l’importance de chaque chose dans l’écosystème de l’île. » Elle réaménage aussi les emplois du temps des guides, elle veut qu’ils participent aux projets scientifiques menés sur l’île. « Comprendre ce que les chercheurs faisaient et les aider est encore plus efficace que d’écouter une conférence. » Et puis elle monte un programme pédagogique. Cinquante-deux classes sont venues à Tetiaroa : « une très belle expérience ». Un jour, elle tient un enfant de Arue par la main, il se penche, prend une poignée de sable et lui demande : « C’est quoi ? » « Du sable ». « Non, le sable est noir. » Le cœur de Aeata fait un bond dans sa poitrine. Elle réalise que…


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