Depuis son élection en juin dernier, Hinaupoko Devèze, Miss Tahiti 2025, vit un tourbillon d’émotions et de rencontres. Le 6 décembre, elle portera les couleurs du fenua à l’élection de Miss France 2026, au Zénith d’Amiens. Derrière son sourire serein, on découvre une jeune femme déterminée, sensible et profondément attachée à ses racines. Entre engagement pour la santé mentale, parcours marqué par la résilience et retour aux valeurs du fenua, Hinaupoko incarne une nouvelle génération de Polynésiennes : ancrées, inspirantes et lumineuses.
Depuis qu’elle a été couronnée Miss Tahiti en juin dernier, Hinaupoko a enchaîné les rencontres et les voyages. D’île en île, elle a pu mesurer l’ampleur du rôle de Miss Tahiti. « La première chose que je retiens, c’est l’expérience humaine. Toutes les personnes que j’ai eu la chance de rencontrer m’ont beaucoup appris, que ce soit en rapport avec ma cause ou à travers l’amour qu’on a pu m’apporter », confie-t-elle. « De voir autant de chaleur humaine, c’est vraiment touchant. Ici, la Miss est vraiment soutenue, c’est quelque chose qu’on prend à cœur. »
En marge de ses tournées de dédicaces à Tahiti, Hinaupoko a également eu l’opportunité de se rendre à Bora Bora, à Maupiti, en Nouvelle-Calédonie et aux Marquises, son archipel de sang et de cœur.
« À Bora Bora, c’était très intéressant de découvrir l’expérience touristique haut de gamme. À Maupiti, c’était très authentique, très naturel. »
En Nouvelle-Calédonie, elle découvre la force du lien entre les cultures du Pacifique. « Les gens là-bas sont très accueillants. Les Calédoniens, les Kanaks, tous les habitants ont une accroche forte pour notre culture. On a l’impression d’être immergés en Polynésie, tu entends les musiques polynésiennes partout », sourit-elle. Ce voyage a aussi renforcé sa complicité avec ses dauphines. « On n’est plus du tout dans un contexte de compétition. Ça nous a permis de resserrer les liens, de créer une belle amitié. Les filles me soutiennent vraiment, elles me motivent. »
Mais c’est aux Marquises, sa terre maternelle, qu’elle vit l’émotion la plus forte. « C’est l’accueil le plus chaleureux que j’ai jamais reçu. Ils m’ont accueillie comme si j’avais toujours grandi là-bas. » Entre les danses, les chants et les encouragements, elle se sent portée par une force ancestrale. « À chaque danse, les chants des guerriers, cette puissance… c’est de là que me vient cette force, de mes origines marquisiennes. Ce séjour m’a permis de me recharger en énergie positive. »
Et Hinaupoko en est sûre, ce qu’elle vit cette année en tant que Miss Tahiti dépasse sa propre personne. « Je ne me représente pas seule, je représente tout un peuple. C’est moi en ligne de mire, mais derrière, il y a tout ça qui me pousse et qui m’amène au sommet. Toutes les personnes que je croise me disent : “On est avec toi pour Miss France !”, “On croise les doigts, bonne chance !” Alors je prends tout cet amour, tout ce mana avec moi. »
« Revenir au fenua, c’était comme me retrouver »
Avant de devenir Miss Tahiti, Hinaupoko a connu un long cheminement fait d’études, de doutes et de redécouvertes. Fille d’un psychiatre métropolitain et d’une infirmière marquisienne, elle naît à Tahiti, mais quitte le fenua très jeune, lorsque son père est muté en métropole. « J’ai quitté Tahiti à sept ans. J’avais un accent très prononcé, je roulais les “r”, et les enfants là-bas ne me comprenaient pas. On se moquait parfois de moi, alors j’ai appris à parler comme eux. Mais je n’ai pas perdu mon accent local pour autant. J’arrive à switcher entre les deux selon les situations », confie-t-elle.
Ses parents lui transmettent une curiosité insatiable. « J’ai toujours fait plein d’activités : musique, danse, arts martiaux, gymnastique… Mes parents voulaient que je découvre beaucoup de choses, et j’aimais ça. » Son enfance était rythmée, exigeante, mais joyeuse. « Mon emploi du temps était bien rempli, mais ça ne me dérangeait pas. J’ai toujours aimé apprendre. »
Plus tard, elle choisit un bac scientifique, « pour ne pas se fermer de portes », puis s’oriente vers des études de droit. « J’ai choisi le droit parce qu’à l’époque, j’avais vécu une injustice et je voulais comprendre comment les choses fonctionnent. Je voulais pouvoir défendre ce qui me semblait juste. » Mais le rythme des études et la rigueur du cadre universitaire la pèsent. « Ce n’était pas fait pour moi. Je n’étais pas épanouie, je me sentais épuisée. Et puis la Covid est arrivé… Tout s’est arrêté. C’est là que j’ai craqué. »

Ce burn-out, dont elle parle sans détour, devient le déclencheur d’un changement de vie. « J’ai pris rendez-vous avec une psychologue. C’est elle qui m’a fait comprendre qu’il fallait que j’écoute ce que je voulais vraiment. Et ce que je voulais, c’était aider les gens. Alors j’ai tout arrêté et j’ai repris des études de psychologie. » Mais en parallèle, une autre question l’habite : celle de son identité. « J’avais grandi en métropole, et même si je revenais souvent en vacances et que ma maman mettait les chansons de Rataro tous les matins, je ne pouvais pas parler de la Polynésie aussi bien que quelqu’un qui y a passé toute sa vie. »
Lorsque sa mère décide de rentrer définitivement en Polynésie, Hinaupoko ressent l’appel du fenua. « J’ai senti que c’était le moment. J’ai tout quitté pour la suivre. C’était un peu fou, mais c’était instinctif. Je savais que j’avais besoin de revenir. » Et comme si l’univers validait ce choix, peu après son retour, elle trouve un emploi dans la promotion de séjours touristiques aux Marquises. « Travailler en lien avec les Marquises, ça a été un déclic. J’ai appris à connaître mes racines, à comprendre l’histoire, la langue, les traditions. Ça m’a reconnectée à quelque chose de très fort. Revenir au fenua, c’était comme me retrouver. Je me sens alignée ici. C’est ici que je me sens complète. »
« Parler de santé mentale, c’est briser un tabou »
Dès le soir de son élection, Hinaupoko avait choisi d’ancrer son année de Miss Tahiti autour d’un thème inattendu, mais dans l’ère du temps : la santé mentale. Un sujet qu’elle connaît intimement et qu’elle porte avec conviction. « C’est vrai que c’est un sujet qui peut paraître tabou, mais moi je l’ai vécu. J’ai fait un burn-out et je m’en suis sortie. Ce n’est pas une faiblesse et ça peut arriver à tout le monde. » De cette expérience, elle tire une leçon qu’elle partage désormais publiquement. « Parler de santé mentale, c’est briser un tabou. Ce n’est pas un sujet réservé aux professionnels. On a tous des moments de doute, de peur, de solitude. C’est normal. Ce qui n’est pas normal, c’est de rester enfermé dedans. »
Aujourd’hui, Hinaupoko veut utiliser sa visibilité pour sensibiliser et libérer la parole. « Beaucoup de jeunes me disent qu’ils n’osent pas parler. Moi je veux leur dire : il n’y a pas de honte à aller voir un psy. Au contraire, c’est une force. » Elle se rend aussi compte que son message résonne au-delà des jeunes. « Des mères, des pères, des travailleurs m’écrivent pour me dire que mes mots les ont touchés. Parce qu’ils vivent aussi du stress, de l’épuisement, du découragement. En fait, c’est un sujet universel. » Pour elle, la santé mentale est indissociable de la santé physique. « Ce qu’on a dans la tête finit toujours par se refléter dans le corps. Prendre soin de soi, c’est autant mental que physique. » Être Miss Tahiti lui donne une plateforme pour le dire autrement. « Si en portant la couronne, je peux dire aux gens : “Vous avez le droit de ne pas aller bien, mais vous avez aussi le droit de vous relever”, alors j’aurai réussi ma mission. »
« Je veux aller à Miss France pour montrer qui nous sommes »
Depuis son élection, Hinaupoko ne se contente pas de porter une couronne : elle trace un chemin, pas à pas, avec une idée claire de ce qu’elle veut représenter. « Quand j’ai été élue, j’étais fière, mais j’avais aussi un peu peur. C’est un rôle très symbolique, très attendu. J’avais envie de bien faire, de rester moi-même. » Cette authenticité, elle la garde comme un fil conducteur, même dans la préparation de Miss France.« Je veux y aller pour montrer qui nous sommes. La beauté polynésienne, c’est une beauté naturelle, une beauté qui rayonne de l’intérieur. »
Elle s’est préparée avec sérieux, mais sans se mettre de pression inutile. « Je fais beaucoup de sport, je fais attention à mon alimentation, mais surtout, je travaille mon mental. Je fais de la visualisation. Chaque jour, je prends un moment pour m’imaginer sur scène, pour ressentir le mana du public, le soutien des gens d’ici. » Ce soutien, elle le sent à chaque instant. « Quand quelqu’un me dit : “On est avec toi”,
je le ressens vraiment. Je sens cette énergie. Je me nourris de ça. »
Au fil des mois, cette aventure lui a permis de mieux se connaître. « Avant, j’étais quelqu’un de très dans le contrôle. J’aimais tout planifier, tout maîtriser. Aujourd’hui, j’ai appris à lâcher prise. À me dire : fais confiance au processus, fais confiance à la vie. »
Quant à l’après-Miss Tahiti, Hinaupoko ne se projette pas encore et préfère voir jusqu’où cette aventure la mène. Mais une chose est sûre, elle souhaite que cette année de Miss Tahiti ne soit pas une parenthèse, mais un tremplin pour servir autrement. « Être Miss, ce n’est pas juste être belle sur une photo. C’est avoir une voix, une responsabilité. J’ai envie de l’utiliser pour quelque chose de constructif. »
En attendant, elle savoure chaque instant de la préparation à Miss France. « C’est une expérience unique. Je veux vivre chaque moment à fond, sans stress. Je veux juste être présente, me sentir en paix avec moi-même et avec ce que je représente. »
Avant de partir pour la France, elle nous a confié ce qu’elle espère vraiment : « Peu importe le résultat, si les gens se sentent fiers, si j’ai pu toucher ne serait-ce qu’une personne, alors j’aurai réussi. »



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